Le Tour du monde en quatre-vingts jours

Un meeting à San Francisco

À San Francisco, Fogg visite la ville avec Aouda et Fix et se retrouve au milieu d’une foule en pleine réunion politique.

Bölüm 25 Fransızca B1 Orta
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Le 3 décembre, à sept heures du matin, Phileas Fogg, Aouda et Passepartout sont arrivés à San Francisco. Le premier train pour New York partait à six heures du soir : Phileas Fogg avait donc une journée entière à passer dans la ville. Après le déjeuner, il est sorti avec Aouda pour faire viser son passeport au consulat anglais. Passepartout, lui, voulait acheter des revolvers. Il avait entendu dire que les Sioux attaquaient parfois les trains. Phileas Fogg trouvait cette précaution inutile, mais il l’a laissé faire.

Phileas Fogg n’avait pas fait deux cents pas quand il a rencontré Fix, comme par hasard. L’inspecteur avait l’air très surpris : ils avaient traversé le Pacifique sur le même bateau sans se voir ! Il a expliqué que ses affaires le rappelaient en Europe et qu’il serait enchanté de faire le voyage avec lui. Fix ne voulait pas perdre Fogg de vue. Il lui a donc demandé la permission de visiter la ville avec lui, et Phileas Fogg a accepté.

Bientôt, ils se sont trouvés tous les trois dans une rue pleine de monde. Il y avait des gens partout, même sur les toits. Des drapeaux flottaient au vent, et on criait de tous les côtés pour deux candidats, Kamerfield et Mandiboy.

— C’est un meeting, a dit Fix. Nous ferions bien de ne pas nous mêler à cette foule, monsieur. On risque d’y recevoir des coups.

— En effet, a répondu Phileas Fogg. Et les coups de poing, même politiques, restent des coups de poing.

Pour voir la scène sans danger, ils sont montés en haut d’un escalier, au-dessus de la rue. Tout à coup, la foule s’est agitée. Les cris sont devenus des insultes, et les mains sont devenues des poings. Des chaussures volaient dans l’air, et on a même entendu des coups de revolver. Puis une troupe de partisans de Mandiboy est arrivée derrière eux en hurlant. Il était trop tard pour s’échapper.

Phileas Fogg et Fix protégeaient Aouda, mais ils ont été terriblement bousculés. Un homme énorme à la barbe rousse a levé le poing sur Phileas Fogg. Fix s’est jeté devant lui et il a reçu le coup à sa place. Une grosse bosse a tout de suite poussé sous son chapeau de soie écrasé.

Phileas Fogg a regardé l’homme avec un profond mépris.

— Yankee ! a-t-il dit.

— Anglais ! a répondu l’autre.

— Nous nous retrouverons !

— Quand vous voudrez. Votre nom ?

— Phileas Fogg. Et le vôtre ?

— Le colonel Stamp W. Proctor.

Puis la foule est passée comme une vague. Aouda n’avait rien. Fix s’est relevé sans blessure grave, mais avec des vêtements déchirés.

— Merci, a dit Phileas Fogg.

— Il n’y a pas de quoi, a répondu Fix. Mais venez vite chez un marchand de vêtements.

Une heure plus tard, bien habillés, ils sont rentrés à l’hôtel. Passepartout les attendait avec une demi-douzaine de revolvers. Quand il a vu Fix avec son maître, son visage s’est assombri. Mais Aouda lui a raconté ce qui s’était passé, et il s’est calmé. Fix tenait sa parole : ce n’était plus un ennemi, c’était un allié.

Le soir, au moment de partir pour la gare, Phileas Fogg a dit à Fix :

— Je reviendrai en Amérique pour retrouver ce colonel Proctor. Un citoyen anglais ne doit pas se laisser traiter de cette façon.

L’inspecteur a souri sans répondre. À la gare, avant de monter dans le train, Phileas Fogg s’est approché d’un employé.

— Mon ami, y a-t-il eu des troubles aujourd’hui à San Francisco ?

— C’était un meeting pour une élection, monsieur.

— L’élection d’un général en chef, sans doute ?

— Non, monsieur, d’un juge de paix.

Après cette réponse, Phileas Fogg est monté dans le wagon, et le train est parti à toute vitesse.

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