Le Tour du monde en quatre-vingts jours

Le devoir de Phileas Fogg

Après l’attaque des Sioux, Phileas Fogg décide de chercher les voyageurs disparus, tandis qu’Aouda et Fix attendent à la gare.

Bölüm 30 Fransızca B1 Orta
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Trois voyageurs avaient disparu, et Passepartout était l’un d’eux. Avaient-ils été tués ? Étaient-ils prisonniers des Sioux ? Personne ne le savait. Il y avait beaucoup de blessés, parmi eux le colonel Proctor, qui s’était battu avec courage. Aouda n’avait rien, Phileas Fogg n’avait pas une égratignure et Fix était légèrement blessé au bras. Mais Passepartout n’était pas là, et la jeune femme pleurait.

Phileas Fogg, les bras croisés, restait immobile. Aouda le regardait sans rien dire, et il a compris ce regard.

— Je le retrouverai, mort ou vivant, a-t-il dit simplement.

— Ah ! monsieur Fogg ! s’est écriée la jeune femme.

Elle a pris ses mains et elle les a couvertes de larmes.

— Vivant, a ajouté Phileas Fogg, si nous ne perdons pas une minute !

Par cette décision, Phileas Fogg sacrifiait tout. Un seul jour de retard, et il manquait le paquebot à New York. Son pari était perdu. Mais c’était son devoir, et il n’avait pas hésité.

Le capitaine du fort Kearney était là avec ses soldats. Phileas Fogg lui a demandé de poursuivre les Sioux.

— Je ne peux pas abandonner le fort, a répondu le capitaine. Puis-je risquer la vie de cinquante hommes pour en sauver trois ?

— Je ne sais pas si vous le pouvez, monsieur, mais vous le devez.

— Personne ici n’a à m’apprendre mon devoir.

— Bien, a dit froidement Phileas Fogg. J’irai seul.

— Seul ! s’est écrié Fix. Contre les Sioux !

— Voulez-vous que je laisse mourir ce malheureux ? Tous ceux qui sont ici lui doivent la vie. J’irai.

— Eh bien, non, vous n’irez pas seul ! s’est écrié le capitaine. Vous êtes un homme de cœur ! Trente volontaires !

Tous les soldats se sont avancés. Le capitaine en a choisi trente et il a mis un vieux sergent à leur tête. Fix a demandé s’il pouvait les accompagner.

— Faites comme vous voudrez, monsieur, a répondu Phileas Fogg. Mais si vous voulez me rendre service, restez près de madame Aouda. S’il m’arrivait malheur…

Fix est devenu pâle. Il devait laisser partir l’homme qu’il suivait depuis si longtemps ! Mais devant le regard calme et franc de Phileas Fogg, il a baissé les yeux.

— Je resterai, a-t-il dit.

Phileas Fogg a confié son sac de voyage à Aouda. Il a promis mille livres aux soldats s’ils sauvaient les prisonniers, et il est parti un peu après midi.

Aouda attendait seule dans une salle de la gare. Elle pensait au courage tranquille de Phileas Fogg : il avait sacrifié sa fortune, et maintenant il risquait sa vie par devoir. À ses yeux, c’était un héros. Fix, lui, marchait nerveusement sur le quai.

— J’ai été stupide ! a-t-il pensé. Il est parti, il ne reviendra pas ! Et moi, j’ai son mandat d’arrêt dans ma poche !

Les heures passaient, et Fix avait presque envie de tout abandonner. Vers deux heures, on a entendu des coups de sifflet qui venaient de l’est. C’était la locomotive. Loin de Kearney, le mécanicien s’était réveillé et il avait compris que le train était resté en arrière. Alors il était revenu, et le train pouvait repartir.

— Et les prisonniers ? a demandé Aouda à un employé.

— Je ne peux pas attendre, madame. Nous avons déjà trois heures de retard. Le prochain train passera demain soir.

— Alors je ne partirai pas, a répondu Aouda.

Fix aurait pu partir avec le train. Mais quelque chose de plus fort que lui le retenait sur le quai : il voulait lutter jusqu’au bout. Le train est parti avec les voyageurs et les blessés, et Fix est resté.

La nuit est venue, très froide, et la petite troupe n’était pas de retour. Toute la nuit, Aouda a attendu au bord de la plaine, le cœur plein d’angoisse. Fix, assis sur un banc, ne dormait pas non plus. À un moment, un homme est venu lui parler, mais Fix l’a renvoyé d’un signe de tête.

À sept heures du matin, le capitaine allait envoyer d’autres soldats quand des coups de feu ont éclaté. Une petite troupe revenait du sud. Phileas Fogg marchait en tête, avec Passepartout et les deux autres voyageurs. Là-bas, juste avant l’arrivée de son maître et des soldats, Passepartout avait déjà assommé trois de ses gardiens à coups de poing.

Tout le monde a accueilli les sauveurs avec des cris de joie. Phileas Fogg a donné aux soldats la prime promise.

— Décidément, je coûte cher à mon maître ! a pensé Passepartout.

Aouda serrait la main du gentleman sans pouvoir parler. Fix le regardait en silence. Passepartout, lui, cherchait déjà le train.

— Le train ! Où est le train ? s’est-il écrié.

— Parti, a répondu Fix.

— Et le prochain, quand passera-t-il ? a demandé Phileas Fogg.

— Ce soir seulement.

— Ah ! a répondu simplement l’impassible gentleman.

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