Fix a couru au consulat et il a tout raconté au consul.
— Mais si c’est vraiment un voleur, a répondu le consul, il ne viendra peut-être pas. Le visa n’est plus obligatoire.
— S’il est habile, il viendra, a dit Fix. Les passeports ne servent qu’à gêner les honnêtes gens et à aider les voleurs. J’espère que vous ne lui donnerez pas de visa. Je dois le garder ici jusqu’à l’arrivée d’un mandat d’arrêt !
— Si son passeport est en règle, je n’ai pas le droit de refuser. Le reste, monsieur Fix, c’est votre affaire.
À ce moment, on a frappé à la porte. Le domestique est entré avec son maître, qui a demandé un visa en quelques mots. Dans un coin du bureau, Fix ne le quittait pas des yeux.
— Vous êtes Phileas Fogg ? a demandé le consul.
— Oui, monsieur. Et voici mon domestique, Passepartout, un Français.
— Vous savez que le visa est inutile ?
— Je le sais, monsieur. Mais je veux prouver par votre visa que je suis passé à Suez.
Le consul a signé et daté le passeport, et il a mis son tampon. Phileas Fogg a payé, il a salué froidement et il est sorti avec son domestique.
— Eh bien ? a demandé Fix.
— Eh bien, il a l’air d’un parfait honnête homme ! a répondu le consul.
— C’est possible. Mais il correspond exactement à la description du voleur. Le domestique me paraît moins mystérieux que son maître. Je vais le faire parler.
Phileas Fogg, lui, était retourné dans sa cabine, à bord du Mongolia. Il a ouvert son carnet et il a écrit :
« Arrivé à Suez, mercredi 9 octobre, onze heures du matin. »
C’était exactement le jour prévu : il n’avait rien gagné et rien perdu.
Puis il a déjeuné dans sa cabine. Visiter Suez ? Il n’y pensait même pas. Les pays qu’il traversait, c’était son domestique qui les visitait.