Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur

Herlock Sholmès arrive trop tard

Au château de Thibermesnil, près de Dieppe, le banquier Georges Devanne attend le célèbre détective anglais Herlock Sholmès et s’amuse de son ami le peintre Horace Velmont, qui ressemble beaucoup à Arsène Lupin.

Kapitel 9 Fransk B1 Mellemniveau
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— C’est étrange comme vous ressemblez à Arsène Lupin, Velmont !

— Vous le connaissez ?

— Comme tout le monde, par ses photographies. Elles ne se ressemblent jamais, mais on y retrouve toujours le même visage… qui est bien le vôtre.

Horace Velmont a paru plutôt vexé.

— Vous n’êtes pas le premier à me le dire, mon cher Devanne.

— Si mon cousin d’Estevan ne vous avait pas recommandé, et si vous n’étiez pas le peintre connu dont j’admire les belles marines, j’aurais peut-être averti la police !

Tout le monde a ri. Autour de la table du château de Thibermesnil, il y avait l’abbé Gélis, curé du village, et une douzaine d’officiers dont les régiments faisaient des manœuvres dans la région. Ils avaient accepté l’invitation du banquier Georges Devanne et de sa mère.

Après le dîner, on est passé dans l’ancienne salle des gardes, une vaste pièce qui occupait tout le bas de la tour Guillaume. Devanne y avait réuni les plus beaux meubles, les tapisseries et les tableaux du château. Contre le mur se dressait une immense bibliothèque de style Renaissance, et tout en haut, on lisait en lettres d’or, en relief : THIBERMESNIL.

— Seulement, dépêchez-vous, Velmont, a repris Devanne, c’est la dernière nuit qui vous reste. Demain, à quatre heures, Herlock Sholmès, le grand détective anglais, pour qui il n’existe pas de mystère, sera mon invité !

Tout le monde s’est exclamé. Herlock Sholmès à Thibermesnil ! Arsène Lupin était donc vraiment dans la région ?

— Lui et sa bande ne sont pas loin. Et cette fois, c’est mon tour. Regardez.

Il a montré une place vide sur une étagère de la bibliothèque.

— Il y avait là un livre du seizième siècle, la Chronique de Thibermesnil. Il contenait le plan d’un souterrain : une de ses sorties s’ouvre dans la campagne, et l’autre ici, dans cette salle même. Le mois dernier, ce livre a disparu. Il en existait un deuxième exemplaire à la Bibliothèque nationale, avec un plan un peu différent : il fallait comparer les deux pour retrouver le chemin exact. Eh bien, dès le lendemain, un lecteur a emporté celui de la Bibliothèque nationale, et personne ne sait comment. C’est alors que j’ai écrit à Herlock Sholmès.

— Mais où se trouve l’entrée du souterrain ? a demandé un officier.

— C’est tout le mystère. Sur les plans, le souterrain finit par un petit cercle marqué « T. G. », c’est-à-dire tour Guillaume. Mais la tour est ronde ! Les seigneurs de Thibermesnil se transmettaient le secret de père en fils, jusqu’au dernier, qui a eu la tête coupée sous la Révolution. Depuis, personne ne l’a retrouvé.

— Il y a les deux citations, monsieur Devanne, a dit l’abbé Gélis.

— Ah ! M. le curé passe sa vie dans les vieux papiers, a dit Devanne en riant. D’après lui, deux rois de France ont connu le secret. Henri IV a passé une nuit dans ce château, et une dame est venue le retrouver par le souterrain. Plus tard, le roi a raconté l’histoire à son ministre Sully, qui l’a notée dans ses mémoires avec une seule phrase, incompréhensible : « La hache tournoie dans l’air qui frémit, mais l’aile s’ouvre, et l’on va jusqu’à Dieu. » Et Louis XVI, qui a séjourné ici en 1784, a laissé dans ses papiers secrets une note de sa main : « Thibermesnil : 2-6-12. »

Velmont a éclaté de rire.

— Victoire ! Tout s’éclaire. Deux fois six, douze.

— Riez si vous voulez, monsieur, a dit l’abbé. Un jour viendra quelqu’un qui saura comprendre ces deux citations.

— Herlock Sholmès, a dit Devanne. À moins qu’Arsène Lupin ne passe avant lui. Qu’en pensez-vous, Velmont ?

Velmont s’est levé et il a posé la main sur l’épaule de Devanne.

— Je pense qu’il manquait à vos deux livres un renseignement de la plus haute importance, et que vous avez eu la gentillesse de me l’offrir. Je vous en remercie. Maintenant, la hache ayant tourné, l’aile s’étant ouverte et deux fois six faisant douze, il ne me reste qu’à cambrioler votre château cette nuit, avant l’arrivée de Herlock Sholmès !

— Vous avez juste le temps, a dit Devanne en riant. Je vous conduis à Dieppe ? Je vais justement chercher à la gare des amis, les d’Androl, et une jeune fille qui voyage avec eux.

Une heure plus tard, Devanne a laissé le peintre devant le casino de Dieppe, et à minuit et demi, il était de retour avec ses amis. À une heure, tout le monde dormait.

À trois heures, quelque chose a claqué dans la salle des gardes. Toute une partie de la bibliothèque a tourné sur elle-même et a découvert une large ouverture. Un homme est entré, une lampe à la main, puis dix autres, des gaillards solides. Arsène Lupin passait d’un meuble à l’autre, l’examinait et ordonnait :

— Enlevez !

Fauteuils et chaises Louis XV, tapisseries, deux Fragonard, un buste de Houdon : le souterrain avalait tout. Parfois, devant un coffre trop grand, Lupin soupirait :

— Trop lourd… quel dommage !

En quarante minutes, sans le moindre bruit, la salle était vide.

— Dès que le camion est chargé, vous filez tous jusqu’à la grange de Roquefort, a dit Lupin au dernier de ses hommes. Qu’on me laisse la moto.

Resté seul, il a refermé la bibliothèque et il a effacé les traces de pas. Puis il est entré dans la galerie qui reliait la tour au château. Il y avait là une vitrine pleine de merveilles : des montres, des tabatières, des bagues, des miniatures d’or et d’argent. C’était surtout pour elle qu’il était venu. Il a forcé la serrure et, avec un plaisir infini, il a rempli le grand sac de toile qu’il portait à l’épaule, puis toutes ses poches, et il a encore pris une pile d’objets dans ses bras.

Soudain, un léger bruit l’a fait tressaillir. Il s’est souvenu : au bout de la galerie, un escalier menait à la chambre de la jeune fille arrivée de Dieppe. Il a vite éteint sa lampe et il s’est caché derrière le rideau d’une fenêtre. Quelqu’un descendait l’escalier, une bougie à la main. C’était une femme : il l’a compris à son parfum. Elle a vu la vitrine forcée et elle a poussé un cri. Elle aussi devinait quelqu’un dans l’ombre. Il espérait qu’elle allait partir. Elle n’est pas partie. Elle a hésité un instant, puis d’un coup, elle a écarté le rideau.

Ils se sont vus.

— Vous… vous… mademoiselle ! a murmuré Arsène, bouleversé.

C’était miss Nelly. Miss Nelly, la passagère de la Provence, qui avait partagé ses rêves pendant ce voyage inoubliable, et qui, plutôt que de le trahir, avait laissé tomber dans l’eau l’appareil photo plein de bijoux ! Miss Nelly, dont l’image l’avait si souvent consolé dans sa prison !

Tremblante d’émotion, elle a dû s’asseoir. Il est resté debout devant elle, et peu à peu, il a compris de quoi il avait l’air, les bras chargés d’objets, les poches pleines. Pour elle, désormais, il était le voleur, celui qui entre la nuit chez les gens. Il a rougi. Une montre a roulé sur le tapis, puis une autre. Alors, brusquement, il a tout posé sur un fauteuil, il a vidé ses poches et il a retiré son sac.

Il a fait un pas vers elle, mais elle a reculé, effrayée, et elle a couru vers la salle des gardes. Il l’a suivie. Elle regardait avec terreur la grande pièce vide.

— Cet après-midi, à trois heures, tout sera remis en place, lui a-t-il dit. Je vous le promets. Rien au monde ne pourra m’empêcher de tenir ma promesse.

Elle n’a pas répondu. Il s’est éloigné d’elle doucement. Mais soudain, elle a tressailli.

— Écoutez… des pas… Il faut partir ! Vite, fuyez !

Elle a couru jusqu’à l’entrée de la galerie et elle a écouté. Il n’y avait personne. Rassurée, elle s’est retournée.

Arsène Lupin avait disparu.

Le matin, en découvrant le vol, Devanne a d’abord pensé : c’est Velmont, et Velmont, c’est Arsène Lupin. Mais l’idée lui a paru absurde. Velmont était un peintre connu, un ami de son cousin ! Il n’en a même pas parlé aux gendarmes.

Toute la matinée, le château a été plein de monde : les gendarmes, le commissaire de Dieppe, les curieux du village, et au loin, on entendait les fusils des troupes en manœuvre. On n’a trouvé aucune trace. Une seule surprise, bien digne d’Arsène Lupin : la Chronique de Thibermesnil avait retrouvé sa place sur l’étagère, et à côté d’elle se trouvait l’exemplaire volé à la Bibliothèque nationale.

À onze heures, les officiers sont arrivés, puis les d’Androl et miss Nelly sont descendus. Et à midi précis, Horace Velmont est entré.

— Vous savez la nouvelle ? s’est écrié Devanne. Vous avez cambriolé le château ! Mais d’abord, offrez votre bras à miss Underdown… C’est vrai, mademoiselle, vous avez voyagé autrefois avec Arsène Lupin. La ressemblance vous étonne, n’est-ce pas ?

Elle n’a pas répondu. Velmont souriait. Elle a pris son bras, et il s’est assis en face d’elle. Pendant tout le déjeuner, il a été drôle, brillant, et il semblait ne parler que pour elle. Elle ne paraissait pas l’entendre.

On a servi le café sur la terrasse. La musique du régiment jouait sur la pelouse, et la foule se promenait dans le parc. Nelly regardait sans cesse la grande horloge du château : trois heures moins dix… moins cinq… Était-ce possible, avec tous ces soldats, ces gendarmes, ce juge qui poursuivait son enquête ? Et pourtant, il avait promis avec tant de force ! Une seconde, leurs regards se sont croisés. Elle a rougi.

Trois heures ont sonné. Velmont a regardé sa montre. Quelques secondes plus tard, deux voitures de l’armée, tirées par des chevaux, sont entrées dans le parc et se sont arrêtées devant le perron. Sous les bâches, soigneusement emballés, il y avait les meubles, les tableaux et les objets d’art de Devanne. Le sergent a montré son ordre : apporter à trois heures à M. Devanne des meubles déposés dans la forêt voisine. C’était signé : le colonel Beauvel. Un officier a examiné la signature : elle était parfaitement imitée, mais fausse.

Pendant qu’on rentrait les meubles, Nelly est restée seule au bout de la terrasse, entre la balustrade et de grands bacs de fleurs et de bambous. Elle a vu Velmont s’approcher. Elle n’avait pas d’autre chemin que celui par où il venait. Elle n’a pas bougé.

— J’ai tenu ma promesse, a dit tout bas Arsène Lupin.

Elle s’est tue. Il attendait un mot, au moins un geste. Ce silence l’a blessé, et il a senti tout ce qui le séparait d’elle maintenant qu’elle savait la vérité.

— Comme le passé est loin ! a-t-il murmuré. Vous vous rappelez les longues heures sur le pont de la Provence ? Vous aviez, comme aujourd’hui, une rose à la main. Je vous l’ai demandée, et vous n’avez pas eu l’air d’entendre. Pourtant, après votre départ, j’ai trouvé la rose… oubliée, sans doute. Je l’ai gardée. En souvenir de ces heures, oubliez ce que vous savez. Regardez-moi une seconde comme autrefois… Ne suis-je plus le même ?

Elle a levé les yeux vers lui. Puis, sans un mot, elle a posé le doigt sur une bague qu’il portait. La pierre était tournée vers l’intérieur de la main : c’était un magnifique rubis. Arsène Lupin a rougi. Cette bague appartenait à Georges Devanne.

— Vous avez raison, a-t-il dit avec un sourire amer. Arsène Lupin n’est et ne peut être qu’Arsène Lupin. Entre vous et lui, il ne peut même pas y avoir un souvenir… Pardonnez-moi.

Il s’est écarté, le chapeau à la main. Elle est passée devant lui, et il l’a suivie des yeux, comme autrefois sur le quai de New York, jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans le château.

Tout à coup, il a tressailli : sur un bac de bambou, là où Nelly s’était appuyée, il y avait une rose pâle. Oubliée, elle aussi ? Mais oubliée exprès, ou par distraction ? Il l’a prise avec passion, et quand des pétales sont tombés, il les a ramassés un à un.

— Allons, s’est-il dit, je n’ai plus rien à faire ici. Et si Herlock Sholmès s’en mêle, ça pourrait mal tourner.

Des gendarmes gardaient l’entrée du parc. Lupin a escaladé le mur et il a pris un sentier vers la gare. Dans un chemin étroit, entre deux talus, il a croisé un homme d’une cinquantaine d’années, assez fort, vêtu comme un étranger, une lourde canne à la main.

— Excusez-moi, monsieur, a dit l’homme avec un léger accent anglais, c’est bien la route du château ?

— Tout droit, monsieur, puis à gauche. On vous attend avec impatience. Mon ami Devanne a annoncé votre visite dès hier soir.

— Tant pis pour M. Devanne s’il a trop parlé.

— Je suis heureux d’être le premier à vous saluer. Herlock Sholmès n’a pas d’admirateur plus fervent que moi.

Il y avait dans sa voix une pointe d’ironie, qu’il a aussitôt regrettée. Herlock Sholmès l’a examiné des pieds à la tête, d’un regard si aigu qu’Arsène Lupin s’est senti saisi, enregistré, mieux que par n’importe quel appareil photo.

— M’a-t-il reconnu ? s’est-il demandé.

À ce moment, une troupe de gendarmes à cheval est arrivée, et les deux hommes ont dû se serrer contre le talus pour les laisser passer. Cela a duré longtemps. Puis Sholmès a brossé ses vêtements, et Lupin l’a aidé à enlever une branche d’épines prise dans la courroie de son sac. Un instant encore, ils se sont regardés : c’était la première rencontre de ces deux hommes extraordinaires, faits pour s’affronter un jour comme deux forces égales.

— Je vous remercie, monsieur, a dit l’Anglais.

— Tout à votre service, a répondu Lupin.

Et ils se sont quittés.

Au château, Devanne a accueilli Herlock Sholmès avec enthousiasme.

— Enfin, c’est vous ! Je vous avais envoyé mon automobile à la gare…

— Une arrivée officielle, avec tambour et musique ? a grogné l’Anglais. Excellent moyen de me faciliter le travail !

— Le travail, heureusement, est plus facile que prévu. Le vol a eu lieu cette nuit, et mes meubles ont déjà été rapportés à trois heures.

Herlock Sholmès a enfoncé son chapeau sur sa tête.

— Alors je m’en vais. Vos meubles sont là, Arsène Lupin est loin. Mon rôle est terminé.

— Mais nous ne savons toujours pas comment il est entré, ni comment il est sorti !

L’idée d’un secret à découvrir a radouci l’Anglais.

— Soit, cherchons. Mais vite, et seuls.

Dans la salle des gardes, il a posé à Devanne quelques questions sèches sur la soirée de la veille, il a comparé les deux plans de la Chronique et il s’est fait répéter les deux citations.

— C’est bien hier soir que vous avez parlé de ces citations pour la première fois ? Et M. Velmont était là ?

— Oui.

— Alors faites préparer votre automobile, je repars dans une heure. Arsène Lupin et Velmont, c’est le même homme. Hier soir, vous lui avez donné ce qu’il cherchait depuis des semaines, et pendant la nuit, il a eu le temps de comprendre, de réunir sa bande et de vous dévaliser. J’espère être aussi rapide.

Il s’est assis, il a fermé les yeux un long moment, puis il a demandé une échelle.

— Placez-la contre la bibliothèque, à gauche du mot THIBERMESNIL… Montez. Les lettres sont en relief, n’est-ce pas ? Prenez le H. Tourne-t-il ?

— Mais oui, il tourne ! s’est écrié Devanne. D’un quart de tour !

— Maintenant, le R. Poussez-le et tirez-le plusieurs fois, comme un verrou.

Quelque chose s’est déclenché à l’intérieur.

— Parfait. Allez à l’autre bout du mot. Si je ne me suis pas trompé, le L va s’ouvrir comme une petite porte.

Devanne a saisi le L. Le L s’est ouvert, et Devanne est tombé de son échelle : toute la partie de la bibliothèque entre la première et la dernière lettre du mot avait tourné sur elle-même. L’entrée du souterrain était ouverte.

— Vous n’êtes pas blessé ? a demandé Sholmès, très calme. Vous voyez : c’est exactement la phrase de Sully. Dites-la à voix haute : « la hache », « l’air », « l’aile »… on entend les noms des lettres H, R et L. Le H tournoie, le R frémit, le L s’ouvre. Et Louis XVI, qui aimait les serrures, a noté pour s’en souvenir : 2-6-12, c’est-à-dire la deuxième, la sixième et la douzième lettre de THIBERMESNIL.

Il a allumé une lanterne. De l’autre côté, tout le mécanisme était visible, et il y avait même une tache d’huile toute fraîche.

— Lupin a pensé à graisser les rouages, a dit Sholmès, non sans admiration. Suivez-moi.

Ils ont descendu quarante-huit marches et suivi un long couloir humide, sous l’eau des anciens fossés, puis ils ont remonté quarante-huit marches. Au-dessus d’eux, Sholmès a retrouvé le même mécanisme et il l’a fait jouer. Un bloc de granit a basculé : c’était la pierre du tombeau du duc Rollon. Ils étaient dans la petite chapelle en ruines, à deux cents mètres du château.

— « Et l’on va jusqu’à Dieu », c’est-à-dire jusqu’à la chapelle, a dit Sholmès.

— C’est incroyable ! Je cherche depuis dix ans, et vous, en dix minutes…

— Bah ! l’habitude. Personne n’avait jamais réuni les deux livres et les deux citations. Personne, sauf Arsène Lupin et moi.

Devant la chapelle, une automobile attendait.

— Mais c’est la mienne ! s’est écrié Devanne. Édouard, qui vous a dit de venir ici ?

— C’est M. Velmont, monsieur, a répondu le chauffeur. Je l’ai rencontré près de la gare, et il m’a dit de venir attendre monsieur et son ami à la chapelle.

Devanne et Sholmès se sont regardés.

— Il a compris que l’énigme serait un jeu pour vous, a dit Devanne. C’est un hommage délicat.

Un sourire a plissé les lèvres minces du détective.

— C’est un homme. Je l’ai croisé tout à l’heure, et une certaine ironie dans sa voix me l’a fait deviner.

— Et vous l’avez laissé partir ? Avec des gendarmes à deux pas !

— Contre un adversaire comme Arsène Lupin, monsieur, Herlock Sholmès ne profite pas des occasions… il les fait naître.

Ils sont montés dans l’automobile. Soudain, Devanne a remarqué un petit paquet près de la portière.

— Tiens ! « M. Herlock Sholmès, de la part d’Arsène Lupin. »

L’Anglais a ouvert le paquet. C’était une montre. Il a eu un geste de colère.

— Mais… c’est la vôtre ! Arsène Lupin vous renvoie votre montre ! Il vous l’avait donc prise ! Ah ! elle est bonne, celle-là ! Excusez-moi… c’est plus fort que moi.

Devanne riait aux larmes. Quand il a enfin pu parler, il a déclaré :

— Oh ! c’est un homme, en effet.

L’Anglais n’a pas répondu. Jusqu’à Dieppe, il n’a pas dit un mot, les yeux fixés sur l’horizon, et son silence était plus terrible que la pire colère. À la gare, il a dit simplement, sans colère cette fois, mais d’un ton où l’on sentait toute sa volonté :

— Oui, c’est un homme, et un homme sur l’épaule duquel j’aurai plaisir à poser cette main que je vous tends, monsieur Devanne. Et j’ai idée qu’Arsène Lupin et Herlock Sholmès se rencontreront de nouveau un jour ou l’autre… Oui, le monde est trop petit pour qu’ils ne se rencontrent pas… et ce jour-là…

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