Contes de Perrault

La Barbe bleue

Une jeune femme épouse un homme riche à la barbe bleue, qui lui interdit d’ouvrir une petite pièce.

Kapitel 3 Fransk A2 Let øvet
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Il était une fois un homme très riche. Il avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, de beaux meubles et des carrosses dorés. Mais cet homme avait la barbe bleue. Cette barbe le rendait si laid et si terrible que toutes les femmes avaient peur de lui. On l’appelait la Barbe bleue.

Une de ses voisines, une grande dame, avait deux filles très belles. Un jour, la Barbe bleue lui demande une de ses filles en mariage. Il la laisse choisir la fille qu’elle veut lui donner. Mais les deux filles ne veulent pas d’un homme avec une barbe bleue. Et il y a encore une autre chose : il a déjà épousé plusieurs femmes, et personne ne sait ce qu’elles sont devenues.

Pour faire connaissance, la Barbe bleue invite les deux sœurs, leur mère, des amies et des jeunes gens du voisinage dans une de ses maisons de campagne. Ils y restent huit jours. Il y a des promenades, des parties de chasse et de pêche, des danses et des fêtes. Personne ne dort, et on passe la nuit à rire et à jouer. Tout se passe si bien que la plus jeune des deux sœurs trouve la barbe du maître de maison moins bleue. Elle pense que c’est un homme très bien. Dès leur retour à la ville, ils se marient.

Un mois plus tard, la Barbe bleue dit à sa femme :

— Je dois faire un voyage pour une affaire importante. Je vais partir six semaines au moins. Amusez-vous bien pendant mon absence. Invitez vos amies et emmenez-les à la campagne, si vous voulez. Voici les clés de toutes mes salles, du placard de ma vaisselle d’or et d’argent, de mes coffres pleins d’or et de mes boîtes de pierres précieuses. Voici aussi la clé qui ouvre toutes les portes de la maison. Et cette petite clé, c’est la clé de la petite pièce au bout de la grande galerie, en bas. Ouvrez tout et allez partout. Mais dans cette petite pièce, je vous interdis d’entrer. Si vous l’ouvrez, ma colère va être terrible.

Elle promet de faire tout ce qu’il dit. Il l’embrasse, il monte dans son carrosse et il part.

Les voisines et les amies de la jeune femme n’attendent pas d’invitation. Elles viennent tout de suite chez elle, parce qu’elles veulent voir toutes les richesses de la maison. Avant, elles n’osaient pas venir : la barbe bleue du mari leur faisait peur. Elles visitent toutes les chambres, plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles admirent les tapis, les lits, les tables et les grands miroirs avec des cadres d’or et d’argent. Elles disent sans arrêt que leur amie a beaucoup de chance. Mais la jeune femme ne s’amuse pas du tout : elle pense seulement à la petite pièce d’en bas.

Elle est si curieuse qu’elle laisse ses amies toutes seules. Elle descend par un petit escalier secret, si vite qu’elle tombe presque deux ou trois fois. Devant la porte de la petite pièce, elle s’arrête un moment. Elle pense à l’interdiction de son mari et au malheur qui peut arriver. Mais la tentation est trop forte. Elle prend la petite clé et, toute tremblante, elle ouvre la porte.

D’abord, elle ne voit rien, parce que les fenêtres sont fermées. Puis, peu à peu, elle voit que le sol est couvert de sang. Contre les murs, il y a les corps de plusieurs femmes mortes. Ce sont toutes les femmes de la Barbe bleue : il les a tuées l’une après l’autre.

Elle a si peur qu’elle croit mourir, et la clé tombe de sa main. Un peu plus tard, elle ramasse la clé, elle ferme la porte et elle monte dans sa chambre. Elle veut se calmer, mais elle n’y arrive pas. Alors elle voit qu’il y a du sang sur la clé. Elle l’essuie deux ou trois fois, mais le sang ne part pas. Elle la lave, elle la frotte avec du sable, mais il reste toujours du sang. C’est une clé magique, et on ne peut pas la nettoyer. Quand on enlève le sang d’un côté, il revient de l’autre.

Le soir même, la Barbe bleue rentre de son voyage. Il explique qu’il a reçu des lettres en route : son affaire est déjà réglée. Sa femme fait tout pour montrer qu’elle est contente de son retour. Le lendemain, il lui demande les clés. Elle lui rend les clés, mais sa main tremble tellement qu’il comprend tout de suite ce qui s’est passé.

— Pourquoi est-ce que la clé de la petite pièce n’est pas avec les autres ? demande-t-il.

— Je l’ai sûrement laissée en haut, sur ma table, répond-elle.

— Apportez-moi vite cette clé, dit la Barbe bleue.

Elle attend, elle trouve des excuses, mais à la fin, elle doit apporter la clé. La Barbe bleue la regarde et il dit à sa femme :

— Pourquoi est-ce qu’il y a du sang sur cette clé ?

— Je ne sais pas, répond la pauvre femme, plus pâle que la mort.

— Vous ne savez pas ? dit la Barbe bleue. Moi, je sais ! Vous êtes entrée dans la petite pièce. Eh bien, madame, vous allez y entrer encore, et vous allez prendre votre place à côté des dames que vous avez vues.

Elle se jette aux pieds de son mari. Elle pleure et elle lui demande pardon. Elle est très belle et très triste. Mais la Barbe bleue n’a aucune pitié pour elle.

— Vous devez mourir, madame, dit-il, et tout de suite.

— Si je dois mourir, répond-elle, les yeux pleins de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu.

— Je vous donne sept minutes, dit la Barbe bleue, mais pas une de plus.

Quand elle est seule, elle appelle sa sœur, qui s’appelle Anne.

— Anne, ma sœur, monte en haut de la tour, s’il te plaît. Regarde si nos frères arrivent. Ils m’ont promis de venir me voir aujourd’hui. Si tu les vois, fais-leur signe de se dépêcher.

Anne monte en haut de la tour. De temps en temps, la pauvre femme lui crie :

— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Et Anne lui répond :

— Je ne vois que le soleil qui brille et l’herbe verte.

Pendant ce temps, la Barbe bleue tient un grand couteau dans sa main, et il crie très fort :

— Descendez vite, ou je monte !

— Encore un moment, s’il vous plaît, répond sa femme.

Et tout de suite, elle appelle sa sœur à voix basse :

— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

— Je ne vois que le soleil qui brille et l’herbe verte.

— Descendez vite, crie la Barbe bleue, ou je monte !

— J’arrive, répond sa femme.

Puis elle crie encore :

— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

— Je vois un gros nuage de poussière qui vient de ce côté, répond Anne.

— Ce sont nos frères ?

— Hélas, non, ma sœur. C’est un troupeau de moutons.

— Vous ne voulez pas descendre ? crie la Barbe bleue.

— Encore un moment, répond sa femme.

Puis elle crie :

— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

— Je vois deux cavaliers qui viennent de ce côté, répond Anne, mais ils sont encore très loin.

Un moment plus tard, elle crie :

— Merci, mon Dieu ! Ce sont nos frères ! Je leur fais signe de se dépêcher.

La Barbe bleue crie si fort que toute la maison tremble. La pauvre femme descend et elle se jette à ses pieds, en larmes, les cheveux en désordre.

— Ça ne sert à rien, dit la Barbe bleue. Vous devez mourir.

D’une main, il la prend par les cheveux, et de l’autre, il lève son grand couteau. Il va lui couper la tête. La pauvre femme le regarde avec des yeux de mourante, et elle lui demande encore un petit moment.

— Non, non, dit-il. Priez Dieu !

Et il lève le bras…

À ce moment, quelqu’un frappe si fort à la porte que la Barbe bleue s’arrête. On ouvre, et deux cavaliers entrent, l’épée à la main. Ils courent droit vers la Barbe bleue. Il reconnaît les frères de sa femme, deux soldats, et il s’enfuit tout de suite. Mais les deux frères le suivent de très près. Ils l’attrapent avant l’escalier, et ils le tuent avec leurs épées.

La pauvre femme est presque aussi morte que son mari. Elle n’a même pas la force de se lever pour embrasser ses frères.

La Barbe bleue n’a pas d’héritiers, alors sa femme garde toute sa fortune. Avec une partie de l’argent, elle marie sa sœur Anne à un jeune noble qui l’aime depuis longtemps. Avec une autre partie, elle aide ses deux frères à devenir capitaines. Avec le reste, elle se marie elle-même avec un homme très bien. Avec lui, elle oublie les mauvais moments qu’elle a passés avec la Barbe bleue.

Moralité : la curiosité est un plaisir, mais elle apporte souvent beaucoup de regrets. C’est un plaisir très court : dès qu’il commence, il est déjà fini, et il coûte toujours trop cher.

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