Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur

Le collier de la Reine

Au lendemain d’un bal, le célèbre collier de la comtesse de Dreux-Soubise disparaît d’une petite pièce où personne n’a pu entrer, et l’enquête ne trouve aucune explication.

Bölüm 5 Fransızca B1 Orta
İsim Özel isim Fiil Yardımcı fiil Sıfat Zarf Zamir Belirleyici Edat Sayı Eşgüdüm bağlacı Bağımlı bağlaç Parçacık Ünlem Diğer

Deux ou trois fois par an, pour les grandes fêtes, la comtesse de Dreux-Soubise portait « le Collier de la Reine ».

C’était le collier légendaire du temps de Marie-Antoinette, qu’une aventurière, la comtesse de la Motte, avait volé en 1785 avec son mari et leur complice Rétaux de Villette. Les voleurs avaient vendu les diamants, mais Rétaux de Villette avait gardé la monture. Plus tard, un Dreux-Soubise l’avait achetée et l’avait complétée avec d’autres pierres. Seule la monture était donc d’origine.

Depuis près d’un siècle, la famille en était fière. Le comte le gardait dans un coffre, à la banque, et il allait le chercher lui-même chaque fois que sa femme voulait le porter.

Ce soir-là, à une grande réception, la comtesse a eu un véritable succès. Quand ils sont rentrés dans leur vieil hôtel particulier du faubourg Saint-Germain, elle a tendu le collier à son mari. Il l’a rangé dans son écrin de cuir rouge, aux armes du Cardinal, puis il est passé dans une petite pièce, une sorte de cabinet, dont la seule porte se trouvait au pied de leur lit. Comme les autres fois, il a caché l’écrin sur une planche, assez haut, entre des boîtes à chapeaux et des piles de linge.

Le lendemain matin, avant d’aller à la banque, il est entré dans le cabinet. Au bout de quelques secondes, il a demandé tranquillement :

— Vous l’avez pris, chère amie ?

— Mais non, a répondu la comtesse. Je n’ai même pas ouvert cette porte.

Il est ressorti, le visage défait. Ils ont cherché partout, jeté les boîtes par terre, défait les piles de linge. Le Collier de la Reine avait disparu.

La comtesse a fait appeler le commissaire, M. Valorbe.

— Personne n’a pu traverser votre chambre cette nuit, monsieur le comte ?

— Personne. J’ai le sommeil très léger, et la porte de la chambre était fermée au verrou. J’ai tiré le verrou moi-même ce matin.

— Et le cabinet n’a pas d’autre entrée ?

— Aucune. Il a une fenêtre, mais un grand meuble la bloque à mi-hauteur.

La fenêtre donnait sur une petite cour intérieure, très étroite. On a déplacé le meuble : la fenêtre était fermée. Personne n’était donc entré par là.

— Qui savait que vous rangiez le collier dans ce cabinet, madame ?

— Personne… à moins que… Je pense à Henriette. C’est une amie de pension, qui s’est fâchée avec sa famille pour épouser une sorte d’ouvrier. Quand son mari est mort, je l’ai accueillie ici avec son fils. Elle coud pour moi. Elle habite au bout du couloir… Et même, j’y pense… la fenêtre de sa cuisine donne sur la petite cour, juste en face de la nôtre.

Ils ont trouvé Henriette en train de coudre, pendant que son fils Raoul, un petit garçon de six ou sept ans, lisait à côté d’elle. Le commissaire a été étonné par son pauvre logement : une pièce sans cheminée et un réduit qui servait de cuisine. Henriette a été bouleversée par la nouvelle. La veille, c’était elle qui avait attaché le collier au cou de la comtesse.

— Le voleur est peut-être passé par chez vous, a dit le commissaire.

Elle a ri de bon cœur, sans imaginer qu’on pouvait la soupçonner.

— Mais je ne sors jamais de ma chambre ! Et puis, regardez !

Elle a ouvert la fenêtre de la cuisine.

— Il y a au moins trois mètres jusqu’à l’autre fenêtre.

— Qui vous a dit que le vol avait pu se faire par là ?

— Mais… le collier n’était pas dans le cabinet ?

— Comment le savez-vous ?

— J’ai toujours su qu’on l’y mettait la nuit… On en a parlé devant moi…

Dans le silence, elle a eu soudain un regard d’angoisse et elle a serré son fils contre elle. L’enfant lui a pris la main et l’a embrassée tendrement.

— Je réponds d’elle, a dit le comte quand ils ont été seuls. C’est l’honnêteté même.

— Je suis tout à fait de votre avis, a dit le commissaire.

Le juge d’instruction a continué l’enquête. Le verrou était intact, et la fenêtre ne pouvait ni s’ouvrir ni se fermer de l’extérieur. On s’est intéressé surtout à Henriette, mais en trois ans, elle n’était sortie que quatre fois de la maison, pour des courses qu’on a pu vérifier. En réalité, elle servait de femme de chambre et de couturière à la comtesse, qui la traitait durement.

— Le mystère est double, disait le juge. Comment le voleur est-il entré ? Et comment est-il sorti, en laissant derrière lui une porte fermée au verrou et une fenêtre fermée ?

Après quatre mois, le juge pensait en secret que M. et Mme de Dreux, qui avaient de gros besoins d’argent, avaient vendu le collier eux-mêmes. Il a classé l’affaire.

Les Dreux-Soubise ont beaucoup souffert de ce vol, dans leur fortune comme dans leur orgueil. Et, chose étrange, c’est contre Henriette que la comtesse a tourné sa colère. Elle l’a renvoyée du jour au lendemain.

Quelques mois plus tard, Henriette lui a écrit pour la remercier : elle avait reçu par la poste deux billets de mille francs, envoyés de Paris, dans une enveloppe dont l’adresse était d’une écriture déguisée. Personne d’autre que la comtesse, croyait-elle, ne savait où elle vivait. Qui avait envoyé cet argent ? La police n’a rien trouvé. La même chose s’est reproduite chaque année, pendant six ans. Les deux dernières années, la somme a doublé, et Henriette, tombée malade, a pu se soigner. Puis elle est morte. Le mystère restait entier.

Tout cela, le public le sait ; mais ce que je vais raconter maintenant, seules quelques personnes le connaissent.

Bien des années plus tard, le comte a reçu quelques amis à déjeuner, parmi eux le chevalier Floriani, qu’il avait rencontré à Palerme. Après le repas, on a parlé de crimes célèbres, et un vieux général, qui aimait taquiner le comte, a rappelé l’affaire du collier. Chacun a donné son avis, et toutes les explications étaient impossibles.

— Et vous, monsieur, a demandé la comtesse au chevalier, quelle est votre opinion ?

Floriani a écouté le comte résumer l’affaire, il a posé quelques questions, puis il a dit :

— Ce n’est pas si difficile à deviner. Une porte fermée au verrou ne s’ouvre pas de l’extérieur. Le voleur est donc entré par la fenêtre.

— Elle était fermée, et on l’a retrouvée fermée !

— Je veux bien le croire. Mais n’y a-t-il pas un vasistas au-dessus ? Il y en a presque toujours dans les maisons de cette époque.

— Il y en a un, mais il était fermé, lui aussi.

— Je suppose qu’il s’ouvre avec un fil de fer terminé par un anneau, et que cet anneau pendait entre la fenêtre et le meuble ? Alors, par une fente dans la vitre, on a pu passer une tige de fer munie d’un crochet, attraper l’anneau et ouvrir le vasistas.

Le comte a ricané.

— Parfait ! Seulement, il n’y avait pas de fente dans la vitre.

— Il y en avait une. Personne ne l’a cherchée, voilà tout. Elle est le long du bord de la vitre, dans le sens vertical.

Le comte s’est levé, très agité. Rien n’avait changé dans ce cabinet depuis l’enquête. Il est sorti, et il est revenu quelques minutes plus tard, pâle et tremblant.

— La fente existe… à l’endroit même que vous avez indiqué… Continuez, monsieur ! Que s’est-il passé ?

— Le voleur a posé un pont entre les deux fenêtres pendant que vous étiez au bal. Il vous a vu cacher le bijou. Dès que vous êtes sorti du cabinet, il a coupé la vitre et ouvert le vasistas.

— Mais par le vasistas, il ne pouvait pas atteindre la poignée de la fenêtre.

— Alors, c’est qu’il est passé par le vasistas lui-même.

— Impossible ! Aucun homme n’est assez mince.

— Alors, ce n’était pas un homme, mais un enfant. Votre amie Henriette n’avait-elle pas un fils ?

— Si… il s’appelait Raoul.

— C’est sans doute Raoul qui a commis le vol. Pour son pont, il a pris ce qu’il avait sous la main. Dans la cuisine d’Henriette, il y avait deux planches fixées au mur pour les casseroles, n’est-ce pas ? Si elles ne sont plus clouées, l’enfant les a détachées, puis attachées l’une à l’autre. Et vous trouverez peut-être aussi, près du fourneau, le crochet qui lui a servi.

Le comte est sorti de nouveau. Cette fois, chacun savait déjà que Floriani avait raison : il parlait moins comme un homme qui devine que comme un homme qui raconte.

— C’est bien l’enfant, a dit le comte à son retour. Les planches ont été déclouées, et le crochet est encore là.

— C’est sa mère qui l’a obligé ! s’est écriée la comtesse.

— Non, madame, la mère ne savait rien. Tout s’est passé la nuit, pendant qu’elle dormait. On la surveillait, elle. L’enfant, lui, allait à l’école, il cachait le collier dans son pupitre, et il pouvait vendre un diamant à un marchand, deux s’il le fallait, et faire envoyer l’argent de Paris, chaque année.

Un malaise pesait sur les Dreux-Soubise et leurs invités. Dans le ton de Floriani, il y avait une ironie qui n’était pas amicale.

— Quelle imagination ! a dit le comte en se forçant à rire.

— Je n’imagine rien, a répondu Floriani, plus grave. Je vois la mère et l’enfant, là-bas, au fond de la province. La mère tombe malade, et le petit vend les pierres pour la soigner. Elle meurt. L’enfant devient un homme. Et supposons que cet homme ait envie de revoir la maison de son enfance, et ceux qui ont accusé sa mère…

Sur le visage du comte et de la comtesse, on lisait l’effort pour comprendre, et la peur de comprendre.

— Qui êtes-vous donc, monsieur ? a murmuré le comte.

— Moi ? Mais le chevalier Floriani, que vous avez rencontré à Palerme. Ce n’est qu’un jeu. J’imagine seulement la joie qu’aurait le fils d’Henriette à vous dire qu’il était le seul coupable, et qu’il a volé parce que sa mère allait perdre sa place de… domestique, et parce qu’il souffrait de la voir malheureuse.

Il parlait avec émotion, penché vers la comtesse. Plus aucun doute n’était possible : le chevalier Floriani était le fils d’Henriette, et il voulait qu’on le sache.

Le comte a hésité. Faire un scandale ? Mais il y avait si longtemps ! Et qui croirait cette histoire d’enfant voleur ? Il valait mieux faire semblant de ne pas comprendre.

— Très amusant, votre roman ! s’est-il écrié gaiement. J’espère que ce bon jeune homme ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Prendre le Collier de la Reine à six ans !

— Et sans aucun ennui, a répondu Floriani. Personne n’a pensé à regarder la vitre, ni à remarquer que le bord de la fenêtre était trop propre : l’enfant avait essuyé ses traces dans la poussière… Il y avait de quoi lui tourner la tête. C’était donc si facile ? Il suffisait de vouloir et de tendre la main ?

— Et il a tendu la main.

— Les deux mains, a dit le chevalier en riant.

Il s’est levé pour dire au revoir à la comtesse. Elle a eu un mouvement de recul, puis elle s’est dominée.

— Cette histoire m’a beaucoup intéressée, monsieur. Mais ne croyez-vous pas que le fils de cette… Henriette suivait surtout sa vocation ?

Il a senti la pointe.

— J’en suis sûr, madame. Et cette vocation devait être sérieuse pour qu’il ne se décourage pas, car la plupart des pierres étaient fausses. La famille avait vendu les vraies une par une, selon ses besoins.

— C’était toujours le Collier de la Reine, monsieur, a dit la comtesse avec hauteur. On raconte que Rétaux de Villette n’a pas osé toucher à la monture. Il avait compris que les diamants n’étaient que l’ornement, et que la monture était la véritable œuvre de l’artiste. Pensez-vous que cet homme l’ait compris, lui aussi ?

— Je ne doute pas que la monture existe encore. L’enfant l’a respectée.

— Eh bien, si vous le rencontrez, dites-lui qu’il a pu en arracher les pierres, mais que le Collier de la Reine appartient toujours à la maison de Dreux-Soubise. Il nous appartient comme notre nom, comme notre honneur.

— Je le lui dirai, madame.

Il s’est incliné et il est sorti.

Quatre jours plus tard, Mme de Dreux a trouvé sur la table de sa chambre un écrin de cuir rouge, aux armes du Cardinal. Elle l’a ouvert. C’était le Collier de la Reine.

Le lendemain, car un peu de publicité ne fait jamais de mal, L’Écho de France a publié ces lignes :

« Le Collier de la Reine, le célèbre bijou volé autrefois à la famille de Dreux-Soubise, a été retrouvé par Arsène Lupin. Arsène Lupin s’est empressé de le rendre à ses propriétaires légitimes. On ne peut qu’applaudir à ce geste délicat et chevaleresque. »

Çeviri henüz oluşturulmadı.

Cümleler yükleniyor...

100+
50+
20+
10+
5+
4
3
2
1

Tekrar hoş geldiniz!

Devam etmek için lütfen oturum açın

Hesabınız yok mu? Kayıt olun