Contes de Perrault

Riquet à la houppe

Un prince très intelligent mais très laid rencontre une belle princesse qui souffre de sa bêtise.

Capítulo 7 Francês A2 Básico
Substantivo Substantivo próprio Verbo Verbo auxiliar Adjetivo Advérbio Pronome Determinante Adposição Numeral Conjunção coordenativa Conjunção subordinativa Partícula Interjeição Outro

Il était une fois une reine. Un jour, elle a un fils, mais cet enfant est si laid et si mal fait qu’on se demande même si c’est vraiment un être humain. Une fée est là à sa naissance, et elle dit à la reine :

— Ne soyez pas triste. Votre fils va être très intelligent, et tout le monde va l’aimer. Grâce à mon cadeau, il va aussi pouvoir donner son intelligence à la personne qu’il va aimer le plus.

La pauvre reine est un peu consolée. Et c’est vrai : dès qu’il commence à parler, l’enfant dit mille choses jolies et intelligentes, et tout le monde est charmé. Il est né avec une petite houppe de cheveux sur la tête, alors on l’appelle Riquet à la houppe. Riquet, c’est son nom de famille.

Sept ou huit ans plus tard, la reine d’un pays voisin a deux filles. La première est plus belle que le jour, et la reine est très heureuse. Mais la même fée est là, et elle lui dit que cette petite princesse va être aussi bête que belle. La reine est très triste. Et bientôt, elle a un chagrin encore plus grand : sa deuxième fille est très laide.

— Ne soyez pas si triste, madame, dit la fée. Votre deuxième fille va être si intelligente qu’on ne va presque pas voir sa laideur.

— J’espère que vous avez raison, répond la reine. Mais est-ce que l’aînée, qui est si belle, ne peut pas être un peu intelligente, elle aussi ?

— Pour l’intelligence, je ne peux rien faire pour elle, madame, dit la fée. Mais pour la beauté, je peux tout. Je vais lui faire un cadeau : elle va pouvoir donner la beauté à la personne qu’elle va aimer.

Les deux princesses grandissent, et leurs qualités grandissent avec elles. Partout, on parle de la beauté de l’aînée et de l’intelligence de la cadette. Mais leurs défauts grandissent aussi. La cadette devient de plus en plus laide, et l’aînée de plus en plus bête. Quand on lui pose une question, elle ne répond rien, ou elle dit une bêtise. Et elle est si maladroite qu’elle ne peut pas boire un verre d’eau sans en renverser la moitié sur ses vêtements.

Dans les fêtes, au début, tout le monde va voir la belle princesse pour l’admirer. Mais un quart d’heure plus tard, tout le monde est autour de la cadette, qui dit mille choses agréables. L’aînée est bête, mais elle le voit bien. Elle est prête à donner toute sa beauté pour avoir la moitié de l’intelligence de sa sœur. La reine, elle aussi, lui reproche souvent sa bêtise, et la pauvre princesse est très malheureuse.

Un jour, elle va pleurer toute seule dans un bois. Elle voit arriver un petit homme très laid, mais très bien habillé. C’est le jeune prince Riquet à la houppe. Il a vu les portraits de la princesse, et il est tombé amoureux d’elle. Il a quitté le royaume de son père pour la voir et pour lui parler. Il est très heureux de la trouver toute seule. Il la salue avec beaucoup de respect, et il voit qu’elle est très triste.

— Je ne comprends pas, madame, dit-il. Vous êtes si belle ! Comment est-ce que vous pouvez être si triste ? J’ai vu beaucoup de belles femmes, mais jamais une femme aussi belle que vous.

— Vous êtes gentil, monsieur, répond la princesse.

Et elle ne dit rien de plus.

— La beauté est une si grande qualité ! dit Riquet. Quand on est beau, on n’a pas de raison d’être triste.

— Je préfère être aussi laide que vous et être intelligente, dit la princesse. Moi, je suis belle, mais je suis très bête.

— Madame, quand une personne pense qu’elle n’est pas intelligente, c’est souvent la preuve qu’elle l’est.

— Je ne sais pas, dit la princesse. Mais je sais que je suis très bête, et cela me rend très malheureuse.

— Si c’est seulement ça, madame, je peux facilement vous aider. J’ai un pouvoir : je peux donner beaucoup d’intelligence à la personne que j’aime le plus. Et cette personne, madame, c’est vous. Vous pouvez être aussi intelligente que possible, si vous acceptez de m’épouser.

La princesse est très surprise, et elle ne répond rien.

— Je vois que ma proposition vous gêne, dit Riquet, et je comprends. Je vous donne un an pour réfléchir.

La princesse a très peu d’intelligence, mais elle veut vraiment en avoir. Pour elle, un an, c’est très long. Elle croit que cette année ne va jamais finir. Alors elle accepte. Elle promet d’épouser Riquet dans un an. Et tout de suite, elle devient une autre personne. Elle peut dire tout ce qu’elle veut, avec finesse et avec naturel. Elle commence avec Riquet une conversation si brillante que Riquet a l’impression qu’elle est maintenant plus intelligente que lui !

Au palais, toute la cour est étonnée de ce changement. Avant, la princesse disait des bêtises. Maintenant, elle dit des choses très intelligentes. Tout le monde est content, sauf sa sœur cadette : à côté de son aînée, elle n’est plus qu’une fille très laide. Le roi demande même conseil à sa fille pour gouverner le pays. Bientôt, tous les jeunes princes des pays voisins veulent l’épouser. Mais elle ne trouve pas de prince assez intelligent pour elle. Elle les écoute tous, mais elle ne promet rien.

Un jour, un prince très puissant, très riche, très intelligent et très beau arrive, et elle l’aime bien. Son père lui dit qu’elle peut choisir son mari elle-même. Mais quand on est intelligent, il est difficile de prendre une décision. Alors elle demande du temps pour réfléchir.

Par hasard, elle va se promener dans le bois où elle a rencontré Riquet, pour réfléchir tranquillement. Tout à coup, elle entend un bruit sous ses pieds, comme des gens qui vont et viennent et qui travaillent. Elle écoute bien. Quelqu’un dit :

— Apporte-moi cette marmite !

Un autre dit :

— Mets du bois dans le feu !

Alors la terre s’ouvre, et sous ses pieds, elle voit une grande cuisine pleine de cuisiniers. Ils préparent un magnifique repas de fête. Vingt ou trente cuisiniers sortent de la terre. Ils s’installent dans une allée du bois, autour d’une très longue table, et ils travaillent au rythme d’une chanson.

— Pour qui est-ce que vous travaillez ? demande la princesse, étonnée.

— Pour le prince Riquet à la houppe, madame, répond le chef. Il se marie demain.

La princesse est encore plus surprise. Tout à coup, elle se souvient : il y a un an, elle a promis d’épouser le prince Riquet à la houppe ! Elle ne pensait plus à cette promesse. Au moment de la promesse, elle était bête, et avec sa nouvelle intelligence, elle a oublié toutes ses bêtises.

Elle continue sa promenade. Trente pas plus loin, Riquet à la houppe arrive devant elle, très bien habillé, comme un prince qui va se marier.

— Vous voyez, madame, je tiens ma parole, dit-il. Et je pense que vous êtes ici pour tenir la vôtre et pour faire de moi le plus heureux des hommes.

— Je vais être franche avec vous, répond la princesse. Je n’ai pas encore pris ma décision. Mais je crois que je ne vais jamais accepter de vous épouser.

— Vous m’étonnez, madame, dit Riquet.

— Je comprends, dit la princesse. Un homme bête pourrait me dire : « Une princesse doit tenir sa parole. Vous avez promis, alors vous devez m’épouser. » Mais vous êtes l’homme le plus intelligent du monde, et je suis sûre que vous allez me comprendre. Quand j’étais bête, j’hésitais déjà à vous épouser. Maintenant, avec l’intelligence que vous m’avez donnée, c’est encore plus difficile. Vous voulez m’épouser ? Alors vous avez eu tort de me rendre intelligente !

— Un homme bête peut vous reprocher de ne pas tenir votre promesse, répond Riquet. Alors pourquoi pas moi ? Mon bonheur dépend de votre réponse ! Mais parlons simplement. À part ma laideur, est-ce qu’il y a quelque chose en moi qui ne vous plaît pas ? Ma famille, mon intelligence, mon caractère, mes manières ?

— Pas du tout, répond la princesse. J’aime tout cela en vous.

— Alors je vais être heureux, dit Riquet. Vous pouvez faire de moi le plus beau des hommes.

— Comment est-ce possible ? demande la princesse.

— C’est possible si vous m’aimez assez pour le vouloir. La fée m’a donné mon pouvoir à ma naissance. Elle vous a aussi donné un pouvoir, madame : vous pouvez donner la beauté à l’homme que vous aimez.

— Si c’est vrai, dit la princesse, je veux de tout mon cœur que vous deveniez le plus beau prince du monde. Je vous fais ce cadeau.

À ce moment, Riquet à la houppe devient pour elle l’homme le plus beau du monde. Certaines personnes disent que ce n’est pas la magie de la fée, mais l’amour. La princesse pense à la fidélité de Riquet, à sa gentillesse et à son intelligence, et elle ne voit plus sa laideur. Son dos courbé lui semble fort. Sa façon de boiter lui semble charmante. Ses yeux qui louchent lui semblent plus brillants, et son gros nez rouge lui donne l’air d’un héros.

En tout cas, la princesse promet tout de suite de l’épouser, si le roi son père est d’accord. Le roi sait que Riquet est un prince très intelligent et très sage, et il l’accepte avec plaisir comme gendre. Le lendemain, ils se marient, comme Riquet l’a prévu depuis longtemps.

Moralité : quand on aime une personne, tout est beau chez elle, et elle est toujours intelligente.

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