Arsène Lupin, der Gentleman-Gauner

L’évasion d’Arsène Lupin

Die Flucht des Arsène Lupin

Arsène Lupin erzählt jedem immer wieder, dass er bei seinem Prozess nicht anwesend sein wird, und die Polizei überwacht jede seiner Bewegungen, um ihn an der Flucht zu hindern.

Kapitel 3 Französisch B1 Mittelstufe
Nomen Eigenname Verb Hilfsverb Adjektiv Adverb Pronomen Determinativ Adposition Zahlwort Nebenordnende Konjunktion Unterordnende Konjunktion Partikel Interjektion Sonstiges

Arsène Lupin venait de finir son repas. Il a sorti de sa poche un beau cigare et l’a regardé avec plaisir. À ce moment, la porte de la cellule s’est ouverte, et il a juste eu le temps de jeter le cigare dans le tiroir. C’était le gardien : l’heure de la promenade.

— Je vous attendais, mon cher ami ! s’est écrié Lupin, toujours de bonne humeur.

Ils avaient à peine disparu au bout du couloir que deux hommes sont entrés dans la cellule : les inspecteurs Dieuzy et Folenfant. La police en était sûre : Lupin communiquait avec ses complices et préparait l’évasion qu’il annonçait partout. M. Dudouis, le chef de la Sûreté, était venu lui-même à la Santé.

Les deux inspecteurs ont soulevé les dalles du sol, démonté le lit, et n’ont rien trouvé. Ils allaient abandonner quand le gardien est revenu en courant.

— Le tiroir ! Quand je suis entré, il m’a semblé qu’il le refermait.

Ils ont ouvert le tiroir.

— Cette fois, nous le tenons ! s’est écrié Dieuzy.

— Doucement, mon petit, a dit Folenfant. Laisse ce cigare, et préviens le chef.

Deux minutes plus tard, M. Dudouis examinait le tiroir. Il a pris le cigare et l’a fait craquer près de son oreille, comme font les fumeurs. Le cigare était mou. Entre les feuilles de tabac, il y avait quelque chose de blanc : un petit rouleau de papier, à peine plus gros qu’un cure-dent. C’était un message, d’une petite écriture de femme :

« Le panier a pris la place de l’autre. Huit sur dix sont préparées. En appuyant du pied, la plaque s’ouvre. De douze à seize tous les jours, H-P attendra. Mais où ? Réponse immédiate. Soyez tranquille, votre amie veille sur vous. »

— C’est assez clair, a dit M. Dudouis. Le panier, c’est la voiture de la prison, et huit de ses dix petites cellules sont préparées. De douze à seize, c’est-à-dire de midi à quatre heures. Et H-P, c’est « horse power », la puissance d’un moteur : une automobile attendra. Remettez dans le tiroir un cigare pareil avec le message. Il ne doit se douter de rien.

Le soir, M. Dudouis est revenu examiner les restes du repas de Lupin. Rien dans le pain, rien dans les macaronis. Alors il a tourné le manche du couteau. Le manche s’est dévissé : il était creux, et il cachait une feuille de papier.

« Je m’en remets à vous. H-P suivra de loin, chaque jour. J’irai au-devant. À bientôt, chère et admirable amie. »

— Enfin ! a dit M. Dudouis en se frottant les mains. Nous allons aider un peu cette évasion, juste assez pour attraper les complices.

— Et si Arsène Lupin vous glisse entre les doigts ? a demandé le directeur de la prison.

— Nous aurons assez d’hommes. Lupin refuse de parler, mais ses complices parleront.

Depuis des mois, en effet, le juge d’instruction, M. Jules Bouvier, interrogeait Lupin sans résultat. Après la découverte des messages, chaque jour à midi, on a conduit le prisonnier de la Santé au Palais de justice, dans la voiture de la prison, avec d’autres prisonniers. Un après-midi, on a décidé de le ramener seul, avant les autres, et il est monté dans la voiture.

Ces voitures de prison, qu’on appelle familièrement des « paniers à salade », ont un couloir central sur lequel s’ouvrent dix petites cellules, cinq à droite et cinq à gauche. Un garde, au bout de la voiture, surveille le couloir.

Vers le milieu du pont Saint-Michel, Lupin a appuyé du pied droit sur la plaque de métal qui fermait sa cellule du côté de la rue, comme il le faisait chaque jour. Tout de suite, la plaque s’est écartée un peu : il se trouvait juste entre les deux roues.

Il a attendu. Au carrefour du boulevard Saint-Germain, la voiture s’est arrêtée : le cheval d’un camion était tombé, et en quelques instants, les fiacres et les omnibus ont bloqué la rue. Lupin a ouvert la plaque en grand, a posé le pied sur un rayon de la grande roue et a sauté à terre. Un cocher l’a vu et a voulu crier, mais sa voix s’est perdue dans le bruit de la rue.

Après quelques pas en courant, Lupin s’est arrêté, a regardé autour de lui, puis il a mis les mains dans les poches et il a continué à monter le boulevard, tranquillement, comme un promeneur. C’était une belle journée d’automne, douce et légère. Il s’est assis à la terrasse d’un café, a commandé une bière, a fumé deux cigarettes. Enfin, il a fait appeler le gérant et lui a dit, assez fort pour être entendu de tous :

— Je suis désolé, monsieur, j’ai oublié mon porte-monnaie. Mais mon nom vous est peut-être assez connu pour que vous me fassiez crédit quelques jours : Arsène Lupin, prisonnier à la Santé, en train de s’évader.

Et il est parti au milieu des rires, sans que le gérant pense à réclamer son argent.

Il a marché tranquillement jusqu’aux hauts murs tristes de la prison de la Santé. Devant la porte, il a enlevé son chapeau.

— Je voudrais rentrer dans ma cellule, a-t-il dit au garde. La voiture m’a laissé en route. Et si vous empêchez Arsène Lupin d’entrer, cela pourrait vous coûter cher, mon ami.

Le garde l’a regardé, stupéfait, puis, comme malgré lui, il a sonné. Le directeur est arrivé en courant, en faisant semblant d’être très en colère. Lupin a souri.

— Allons, monsieur le directeur, ne jouez pas au plus malin avec moi. On me ramène seul dans la voiture, on prépare un bon petit embouteillage, et on croit que je vais m’enfuir pour rejoindre mes amis ! Et les vingt agents de la Sûreté qui nous suivaient à pied, en fiacre et à bicyclette ? Je n’en serais pas sorti vivant. Je vous en prie, qu’on ne s’occupe pas de moi. Le jour où je voudrai m’évader, je n’aurai besoin de personne.

Deux jours plus tard, L’Écho de France a publié tous les détails de l’affaire : les messages, le rôle de la police, la promenade sur le boulevard, l’histoire du café. On apprenait même que la voiture de la prison était truquée : la bande de Lupin l’avait mise à la place de l’une des voitures habituelles.

Quand le juge Bouvier s’est moqué de son échec, Lupin lui a dit froidement :

— Cette tentative d’évasion faisait partie de mon plan d’évasion. D’ailleurs, vos questions n’ont aucune importance, puisque je n’assisterai pas à mon procès.

On a changé Arsène Lupin de cellule, et le juge a envoyé l’affaire devant le tribunal. Alors le silence est tombé, et il a duré deux mois. Lupin les a passés allongé sur son lit, le visage presque toujours tourné vers le mur. Il refusait de voir son avocat et parlait à peine à ses gardiens. Le public, lui, attendait chaque jour la nouvelle de son évasion. On la souhaitait presque, tant le personnage plaisait à la foule.

Le jour du procès, tout Paris voulait voir le fameux Arsène Lupin. Dehors, il pleuvait, et la salle était sombre. Quand les gardes l’ont fait entrer, sa démarche lourde, la façon dont il s’est laissé tomber sur son banc et son air indifférent ont déçu le public.

— Accusé, levez-vous, a dit le président. Votre nom ?

Une voix épaisse et fatiguée a répondu :

— Baudru, Désiré.

— Un nouveau nom ! C’est à peu près le huitième, et il est sans doute aussi faux que les autres. Nous garderons, si vous le voulez bien, celui d’Arsène Lupin.

L’accusé se balançait d’une jambe sur l’autre, le dos rond. Dans la lumière, on a remarqué sa maigreur, ses joues creuses, son visage gris couvert de petites taches rouges, sa barbe rare. La prison l’avait beaucoup vieilli. On ne reconnaissait plus l’homme élégant dont les journaux avaient si souvent publié le portrait. À chaque question, il répondait seulement :

— Baudru, Désiré.

Puis les témoins sont passés. Quand l’inspecteur principal Ganimard est entré, l’intérêt s’est réveillé. Mais le vieux policier avait l’air mal à l’aise. Plusieurs fois, il a tourné les yeux vers l’accusé et s’est arrêté au milieu de son récit.

— Je demande la permission d’examiner l’accusé de plus près, a-t-il dit enfin.

Il s’est approché, l’a observé longuement, puis il est retourné à sa place et a déclaré :

— Monsieur le président, j’affirme que l’homme qui est ici, en face de moi, n’est pas Arsène Lupin. Il y a une ressemblance, je l’avoue. Mais le nez, la bouche, les cheveux, la peau… Et les yeux ! A-t-il jamais eu ces yeux d’alcoolique ? Il a dû mettre un pauvre diable à sa place.

Des cris et des rires ont éclaté dans toute la salle. On a fait venir le juge Bouvier et le directeur de la Santé : pour eux aussi, cet homme ne ressemblait que très vaguement à Arsène Lupin. Les gardiens, eux, n’étaient sûrs de rien.

— Je l’ai à peine vu, a dit l’un d’eux. Depuis deux mois, il reste couché, le visage contre le mur. Avant, il n’était pas dans la cellule 24.

Alors le président a parlé avec douceur à l’accusé, et l’homme a fini par raconter son histoire en quelques phrases maladroites. Deux mois plus tôt, on l’avait arrêté et conduit à la prison du Palais de justice. Le lendemain, comme il avait soixante-quinze centimes dans sa poche, on l’avait relâché. Mais pendant qu’il traversait la cour, deux gardes l’avaient pris par le bras et l’avaient fait monter dans la voiture de la prison. Depuis, il vivait dans la cellule 24. On y mangeait bien, on n’y dormait pas mal… Alors il n’avait pas protesté.

Au milieu des rires, le président a renvoyé le procès à plus tard.

L’enquête a vite établi un fait : deux mois plus tôt, un certain Désiré Baudru était bien sorti de la prison du Palais de justice à deux heures de l’après-midi, à l’heure même où Arsène Lupin, après son dernier interrogatoire, remontait dans la voiture de la prison. Baudru était un pauvre homme qui vivait d’aumônes, et depuis un an, il avait disparu des quartiers où on le connaissait. Les gardiens s’étaient-ils trompés ? Personne ne comprenait. Une seule chose était certaine : Arsène Lupin avait dit vrai. Il n’avait pas assisté à son procès.

Au bout d’un mois, on ne pouvait plus garder Baudru : qu’avait-on contre lui ? Le juge a signé sa libération, mais Ganimard a proposé de le faire suivre. Pour lui, Baudru était un instrument de Lupin, et il les conduirait jusqu’à lui. Un matin de janvier, dans le brouillard, Ganimard, Folenfant et Dieuzy ont vu Désiré Baudru sortir de la prison.

Baudru a marché sans but. Au Châtelet, l’omnibus était plein, et il est entré dans le bureau des omnibus pour prendre un numéro. Ganimard a envoyé ses deux hommes chercher des fiacres. Mais Baudru ne ressortait pas. Ganimard est entré : la salle était vide.

— Idiot que je suis ! J’avais oublié la deuxième sortie !

Il a couru dans l’autre rue, a vu Baudru en haut d’un omnibus qui tournait au coin de la rue de Rivoli, et a sauté dans l’omnibus juste à temps. Mais il avait perdu ses deux inspecteurs.

Cet imbécile l’avait-il séparé de ses hommes exprès ? Ganimard l’a regardé : Baudru dormait à moitié sur la banquette, la bouche ouverte, avec une incroyable expression de bêtise. Non, c’était le hasard.

Baudru a pris ensuite le tramway et il est entré dans le bois de Boulogne. Pendant une heure, il est passé d’une allée à l’autre. Enfin, il s’est assis sur un banc, au bord d’un petit lac caché parmi les arbres. L’endroit était désert. Une demi-heure a passé. Impatient, Ganimard s’est assis à côté de lui, a allumé une cigarette et a dit :

— Il ne fait pas chaud.

Un silence. Et soudain, un éclat de rire a retenti : un rire joyeux, le rire d’un enfant qui ne peut plus s’arrêter. Ganimard a senti ses cheveux se dresser sur sa tête. Ce rire, il le connaissait si bien !

Il a saisi l’homme par sa veste et l’a regardé au fond des yeux, plus attentivement encore qu’au tribunal. Sous la peau abîmée, sous la grimace, il retrouvait les yeux de l’autre, la bouche de l’autre, son expression vive, moqueuse, si claire et si jeune !

— Arsène Lupin… Arsène Lupin…

Pris de rage, il l’a saisi à la gorge. Mais la lutte a été courte. Lupin s’est à peine défendu, et Ganimard a dû lâcher prise : son bras droit pendait, sans force.

— Si on vous apprenait le jiu-jitsu à la Sûreté, a dit Lupin, vous connaîtriez cette prise. Une seconde de plus, et je vous cassais le bras. Comment ! Vous, un vieil ami, à qui je révèle mon secret de moi-même… Eh bien, qu’est-ce que vous avez ?

Ganimard se taisait. N’était-ce pas lui qui, par son témoignage, avait trompé la justice ? Une larme a coulé jusqu’à sa moustache grise.

— Allons, Ganimard, si vous n’aviez pas parlé, je me serais arrangé pour qu’un autre parle. Je ne pouvais tout de même pas laisser condamner ce pauvre Désiré Baudru !

— Alors c’était vous, au tribunal ? Mais votre visage ? Vos yeux ?

— J’ai travaillé dix-huit mois dans le laboratoire d’un grand médecin, et ce n’était pas par amour de la science. L’apparence, on la change comme on veut : certains produits agissent sur la peau, sur la barbe, sur les cheveux, sur la voix. Ajoutez deux mois de régime dans la cellule 24, des exercices mille fois répétés pour tordre ma bouche et courber mon dos, et cinq gouttes d’un médicament dans les yeux pour leur donner un regard perdu. Le changement a été lent : les gardiens ne pouvaient pas le remarquer d’un jour à l’autre.

— Mais Baudru ?

— Baudru existe. C’est un pauvre innocent que j’ai rencontré l’an dernier, et qui me ressemble un peu. Je l’ai mis à l’abri, et j’ai étudié nos différences pour les effacer en moi. Mes amis lui ont fait passer une nuit à la prison du Palais de justice, pour qu’il en sorte à peu près à la même heure que moi. Il fallait qu’on trouve la trace de son passage, sinon la justice se serait demandé qui j’étais. Avec cet excellent Baudru, elle allait forcément préférer croire à un échange impossible plutôt que d’avouer son ignorance.

— Oui, en effet, a murmuré Ganimard.

— Et puis, j’avais une carte formidable : tout le monde attendait mon évasion. Vous avez cru que je parlais pour me vanter. Moi, Arsène Lupin ! Mais pour m’évader… sans m’évader, il fallait que tout le monde soit certain d’avance de cette évasion. Alors, quand vous avez dit : « Cet homme n’est pas Arsène Lupin », tout le monde vous a cru. Si une seule personne s’était dit : « Et si c’était Arsène Lupin ? », j’étais perdu. Mais personne ne pouvait avoir cette simple petite idée.

Il a pris tout à coup la main de Ganimard.

— Allons, avouez que le mercredi après notre rencontre à la Santé, vous m’avez attendu chez vous à quatre heures ?

— Et votre voiture de prison ? a dit Ganimard, pour ne pas répondre.

— Du bluff ! Mes amis ont mis cette vieille voiture à la place d’une autre et voulaient tenter le coup, mais je savais que c’était presque impossible. Seulement, une première évasion bien publique faisait croire d’avance à la seconde.

— Et le cigare ? Le couteau ? Les messages de votre amie ?

— Tout cela est de moi. Elle et moi, nous ne faisons qu’un. Je sais imiter toutes les écritures.

Il y a eu un silence. Le jour commençait à baisser.

— Est-ce que vous allez révéler la vérité sur votre évasion, a demandé enfin l’inspecteur, et sur mon erreur ?

— Oh ! personne ne saura jamais que c’est Arsène Lupin qu’on a libéré. J’aime trop le mystère pour ne pas laisser à cette évasion son air de miracle. Ne craignez rien, mon bon ami, et adieu. Je dîne en ville ce soir, et j’ai juste le temps de m’habiller.

— Après ces mois de prison, vous ne pensez pas à vous reposer ?

— Hélas ! il y a des obligations mondaines auxquelles on ne peut pas échapper. Le repos commencera demain.

— Et où dînez-vous donc ?

— À l’ambassade d’Angleterre.

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