Arsène Lupin, der Gentleman-Gauner

Le mystérieux voyageur

Der geheimnisvolle Reisende

Im Schnellzug von Paris nach Rouen vertraut eine verängstigte Dame dem Erzähler an, dass Arsène Lupin vielleicht mit ihnen reist, und der Mann, der gerade in ihr Abteil gestiegen ist, kann sie nicht beruhigen.

Kapitel 4 Französisch B1 Mittelstufe
Nomen Eigenname Verb Hilfsverb Adjektiv Adverb Pronomen Determinativ Adposition Zahlwort Nebenordnende Konjunktion Unterordnende Konjunktion Partikel Interjektion Sonstiges

La veille, j’avais envoyé mon automobile à Rouen par la route. Je devais la rejoindre en train, et de là, aller chez des amis qui habitent au bord de la Seine.

À Paris, quelques minutes avant le départ, sept messieurs sont entrés dans mon compartiment, et cinq d’entre eux fumaient. J’ai pris mon manteau, mes journaux et mon livret des horaires de train, et je suis allé m’installer dans le compartiment voisin.

Une dame s’y trouvait. En me voyant, elle a eu un geste d’ennui et s’est penchée vers un monsieur resté sur le marchepied, sans doute son mari. Le monsieur m’a observé, puis il a parlé bas à sa femme en souriant, comme on rassure un enfant qui a peur.

— Tu ne m’en voudras pas, ma chérie, a-t-il dit, mais j’ai un rendez-vous urgent.

Il l’a embrassée et il est parti. Un coup de sifflet, et le train s’est mis en marche. À ce moment précis, malgré les cris des employés, la porte s’est ouverte et un homme a sauté dans notre compartiment. La dame a poussé un cri de terreur.

Le nouveau venu avait pourtant l’air correct, presque élégant : une cravate de bon goût, des gants propres, un visage énergique… Mais où diable avais-je vu ce visage ? J’en gardais le souvenir vague qu’on garde d’un portrait aperçu plusieurs fois.

La dame, devenue toute pâle, a attrapé d’une main tremblante son petit sac de voyage et l’a serré contre elle. L’homme nous a regardés tous les deux des pieds à la tête, puis il s’est enfoncé dans son coin et n’a plus bougé.

Après un silence, la dame m’a dit, d’une voix à peine audible :

— Vous savez qu’il est dans notre train ?

— Qui ?

— Arsène Lupin !

Elle n’avait pas quitté des yeux le voyageur, et c’était à lui plutôt qu’à moi qu’elle avait lancé ce nom. Il a baissé son chapeau sur ses yeux.

— Arsène Lupin a été condamné hier, en son absence, à vingt ans de travaux forcés, ai-je fait remarquer. Il ne va pas se montrer en public dès aujourd’hui.

— Il est dans ce train, a répété la dame, de plus en plus fort. Mon mari est sous-directeur des services pénitentiaires, et le commissaire de la gare nous a dit lui-même qu’on cherchait Arsène Lupin. On croit qu’il est monté dans l’express qui part dix minutes après nous. Mais s’il a sauté de cet express au dernier moment, pour venir dans notre train ?

— Dans ce cas, la police l’attendra à Rouen.

— Lui ? Il trouvera encore le moyen de s’échapper !

— Calmez-vous, madame. S’il est dans ce train, il va se tenir bien tranquille.

Elle s’est tue. J’ai lu dans mes journaux les comptes rendus du procès d’Arsène Lupin, mais j’avais mal dormi, et mes paupières devenaient lourdes.

— Mais, monsieur, vous n’allez pas dormir ! s’est écriée la dame, indignée.

— Bien sûr que non.

J’ai lutté de toutes mes forces, mais bientôt tout s’est brouillé, et je me suis enfoncé dans un profond sommeil.

Une vive douleur… Je me suis réveillé. Le voyageur, un genou sur ma poitrine, me serrait la gorge. Dans un coin, la dame se tordait, en pleine crise de nerfs. Je n’avais plus la force de résister. J’étouffais… Encore une minute, et c’était la fin.

L’homme a desserré les mains. Il a sorti une corde préparée à l’avance et, d’un geste sec, il m’a lié les poignets. En un instant, j’étais ficelé, bâillonné, incapable de bouger. Pas un mot, pas un geste inutile : c’était un professionnel. Et j’étais là, sur la banquette, ficelé comme une momie, moi, Arsène Lupin !

Vraiment, il y avait de quoi rire. Arsène Lupin attrapé comme un débutant ! Volé comme le premier venu, car, bien entendu, le bandit m’a pris mon portefeuille ! Quelle aventure !

Ensuite, il a pris le sac de la dame, où il a trouvé ses bijoux, son porte-monnaie, des objets d’or et d’argent. La dame a ouvert un œil, a enlevé ses bagues et les lui a tendues, comme pour lui éviter toute peine. Il les a prises et l’a regardée : elle s’est évanouie. Alors il est retourné à sa place, il a allumé une cigarette et il a examiné ses trésors d’un air satisfait.

Moi, je l’étais beaucoup moins. Mes douze mille francs et les papiers très importants de mon portefeuille, je comptais bien les récupérer. Mais un souci plus sérieux m’occupait. J’allais chez des amis qui me connaissaient sous le nom de Guillaume Berlat et qui plaisantaient souvent sur ma ressemblance avec Arsène Lupin. Je n’avais donc pas pu changer mon visage, et l’on m’avait remarqué à la gare Saint-Lazare. À Rouen, la police nous attendrait. Libre, je savais passer inaperçu. Mais attaché comme je l’étais, j’allais lui être livré comme un paquet !

Le voleur fumait en regardant la pluie tomber. Une fois seulement, il a pris mon livret des horaires et il l’a consulté. Et moi, je réfléchissais…

Le train traversait la Seine quand l’homme s’est levé et a baissé la vitre. Il pleuvait maintenant très fort. Il a pris le parapluie de la dame dans le filet à bagages, puis mon manteau gris, et il l’a mis. Il s’est penché par la fenêtre, il a soulevé le loquet, à l’extérieur, et il a entrouvert la porte. Allait-il sauter ? À cette vitesse, c’était la mort. Nous sommes entrés dans un tunnel, et tout à coup, le train a ralenti : il y avait sans doute des travaux, et l’homme le savait. Il est descendu tranquillement sur la voie et il a refermé la porte derrière lui.

Peu après, la dame a repris ses esprits et s’est mise à pleurer ses bijoux. Je l’ai suppliée des yeux. Elle m’a enlevé le bâillon, mais je l’ai empêchée de défaire mes liens.

— Non, il faut que la police me voie encore attaché. On retrouvera vos bijoux, mais cela dépend de vous, madame. Dès l’arrivée, mettez-vous à la portière et appelez au secours. Racontez l’attaque et la fuite d’Arsène Lupin, et décrivez-le : un chapeau mou, un parapluie, le vôtre, et un manteau gris, serré à la taille.

— Le vôtre, a-t-elle dit.

— Comment, le mien ? Mais non, le sien. Moi, je n’en avais pas.

— Il me semblait qu’il n’en avait pas non plus quand il est monté.

— Si, si… En tout cas, il l’avait quand il est descendu, c’est l’essentiel. Dites votre nom tout de suite : la position de votre mari donnera du zèle à tous ces gens. Et dites aussi le mien : Guillaume Berlat, un ami de votre mari. Vous avez bien compris ?

— Entendu… Guillaume Berlat.

Le train ne s’était pas encore arrêté qu’un monsieur montait, suivi de plusieurs hommes. Le moment dangereux était arrivé.

— Arsène Lupin nous a attaqués ! s’est écriée la dame, hors d’haleine. Il a volé mes bijoux ! Je suis Mme Renaud, mon mari est sous-directeur des services pénitentiaires… Ah ! voici justement mon frère, Georges Ardelle, directeur du Crédit Rouennais… Arsène Lupin s’est jeté à la gorge de M. Berlat, un ami de mon mari, puis il a sauté du train dans le tunnel.

— Vous êtes sûre que c’était lui ? a demandé le commissaire.

— Je l’ai parfaitement reconnu ! Il avait un chapeau mou et un manteau gris, serré à la taille.

— En effet, a murmuré le commissaire, le télégramme parle d’un manteau gris, serré à la taille, avec un col de velours noir.

— Avec un col de velours noir, justement ! s’est écriée Mme Renaud, triomphante.

J’ai respiré. Ah ! l’excellente amie que j’avais là !

Les agents m’ont détaché. Je me suis mordu les lèvres jusqu’au sang et, mon mouchoir sur la bouche, comme un homme qui porte au visage la marque du bâillon, j’ai dit d’une voix faible :

— C’était Arsène Lupin, monsieur le commissaire, sans aucun doute… Je crois que je peux vous être utile…

On nous a conduits au bureau du chef de gare. J’ai hésité : un télégramme de Paris, et j’étais perdu. Mais si je partais seul, je n’avais aucune chance de retrouver mon voleur.

— Bah ! me suis-je dit, la partie est difficile, mais si amusante à jouer !

— Monsieur le commissaire, Arsène Lupin prend de l’avance, ai-je dit. Ma voiture m’attend dans la cour…

Le commissaire a souri d’un air malin.

— Deux de mes agents sont déjà partis à bicyclette vers la sortie du tunnel, monsieur. Ils vont chercher des traces.

— Ils ne trouveront rien. En ce moment, Arsène Lupin est près de la gare de Darnétal. À dix heures cinquante, c’est-à-dire dans vingt-deux minutes, il prendra le train qui va de Rouen à Amiens.

— Et comment le savez-vous ?

— C’est très simple. Dans le compartiment, il a consulté mon livret des horaires. Pourquoi ? Y avait-il, près de l’endroit où il est descendu, une autre ligne et un train ? J’ai consulté le livret à mon tour, et j’ai trouvé.

— C’est très bien raisonné, monsieur. Quelle habileté !

Il me regardait avec étonnement, et j’ai senti qu’un soupçon lui venait. Oh ! à peine : les photos d’Arsène Lupin que la police avait envoyées partout étaient trop mauvaises pour qu’il puisse me reconnaître. Mais il était troublé. Je me suis mis à rire.

— Mon Dieu, rien ne rend aussi intelligent que la perte d’un portefeuille ! Si vous vouliez bien me donner deux de vos agents…

— Oh ! je vous en prie, monsieur le commissaire, s’est écriée Mme Renaud, écoutez M. Berlat !

Prononcé par la femme d’un personnage important, ce nom de Berlat devenait vraiment le mien. Le commissaire s’est levé et m’a présenté deux de ses agents, Honoré Massol et Gaston Delivet, qui sont montés avec moi dans ma voiture. Quelques secondes plus tard, nous quittions la gare. J’étais sauvé.

Ah ! j’avoue que j’étais assez fier de moi. Arsène Lupin partait à la recherche d’Arsène Lupin, avec l’aide de deux honnêtes représentants de la loi ! Il me fallait seulement rattraper l’homme et reprendre mes papiers moi-même : à aucun prix, mes deux agents ne devaient les voir.

À Darnétal, nous sommes arrivés trois minutes après le départ du train. Un homme en manteau gris, avec un col de velours noir, était monté en deuxième classe, avec un billet pour Amiens.

— Ce train ne s’arrête plus qu’à Montérolier-Buchy, dans dix-neuf minutes, m’a dit Delivet. C’est à vingt-trois kilomètres.

— Nous y serons avant lui.

Quelle course ! Ma fidèle voiture semblait partager ma colère contre ce bandit d’Arsène Lupin.

— À droite ! criait Delivet. À gauche ! Tout droit !

Et tout à coup, après un virage, un nuage de fumée : le train. Pendant un kilomètre, nous avons roulé à côté de lui, puis nous l’avons dépassé. En trois secondes, nous étions sur le quai, devant les voitures de deuxième classe. Quelques voyageurs sont descendus, mais pas mon voleur.

— Il m’a reconnu pendant que nous roulions à côté du train, me suis-je écrié, et il a sauté !

Le chef de train avait vu un homme descendre le long du talus, à deux cents mètres de la gare.

— Tenez, là-bas… celui qui traverse le passage à niveau.

Nous nous sommes élancés, mais l’homme est entré dans un petit bois. Je voulais l’arrêter seul, pour reprendre mes biens sans témoins.

— Massol, placez-vous à gauche, ai-je dit. Delivet, à droite. Il ne peut pas sortir sans être vu, sauf par ce chemin creux, où je reste moi-même. S’il ne sort pas, j’entre et je le pousse vers l’un de vous. Ah ! en cas d’alerte, un coup de revolver.

Dès que mes agents ont disparu, je suis entré dans le bois sans bruit. Dans l’herbe mouillée, des traces de pas m’ont mené jusqu’à une cabane à moitié démolie. Je me suis approché en rampant. Par une ouverture, je l’ai aperçu : il me tournait le dos. En deux bonds, j’étais sur lui. Il a voulu lever son revolver, mais je l’ai jeté à terre, les deux bras pris sous lui, mon genou sur sa poitrine.

— Écoute, mon petit, lui ai-je dit à l’oreille, je suis Arsène Lupin. Tu vas me rendre tout de suite mon portefeuille et le sac de la dame. En échange, je te sauve de la police et je te prends dans ma bande. Oui ou non ?

— Oui, a-t-il murmuré.

— Tant mieux. Ton affaire de ce matin était joliment bien faite. Nous allons nous entendre.

Je me suis relevé. Il a sorti de sa poche un grand couteau et il a voulu me frapper.

— Imbécile !

D’une main, j’ai arrêté son bras. De l’autre, je lui ai donné un coup violent sur le côté du cou. Il est tombé, assommé.

Dans mon portefeuille, j’ai retrouvé mes papiers et mes billets. Par curiosité, j’ai pris le sien. Sur une enveloppe, j’ai lu son nom : Pierre Onfrey.

J’ai sursauté. Pierre Onfrey, l’assassin de la rue Lafontaine, à Auteuil, qui avait tué Mme Delbois et ses deux filles ! Oui, c’était bien ce visage que j’avais vu dans les journaux.

J’ai mis dans une enveloppe deux billets de cent francs, avec une carte : « Arsène Lupin à ses bons collègues Honoré Massol et Gaston Delivet, avec toute sa reconnaissance. » À côté, j’ai laissé le sac de Mme Renaud. Pouvais-je ne pas le rendre à l’excellente amie qui m’avait sauvé ? J’avoue pourtant que je n’y ai laissé qu’un peigne, un rouge à lèvres et un porte-monnaie vide. Que voulez-vous ! Les affaires sont les affaires. Et puis, vraiment, son mari faisait un métier si peu honorable !

Restait l’homme. Il commençait à bouger. Ce n’était pas à moi de le sauver ni de le condamner. Je lui ai pris ses armes et j’ai tiré un coup de revolver en l’air.

— Les deux autres vont venir, ai-je pensé. Qu’il se débrouille !

Et je suis parti en courant par le chemin creux, jusqu’à ma voiture.

À quatre heures, j’ai envoyé un télégramme à mes amis de Rouen : un incident imprévu m’obligeait à remettre ma visite. Entre nous, après ce qu’ils ont dû apprendre depuis, je crains de devoir la remettre pour toujours.

À six heures, j’étais de retour à Paris. Les journaux du soir m’ont appris qu’on avait enfin arrêté Pierre Onfrey.

Le lendemain, car il ne faut jamais négliger un peu de publicité, L’Écho de France a publié ces quelques lignes :

« Hier, près de Buchy, Arsène Lupin a arrêté Pierre Onfrey. L’assassin de la rue Lafontaine venait de voler, dans le train de Paris au Havre, Mme Renaud, la femme du sous-directeur des services pénitentiaires. Arsène Lupin a rendu à Mme Renaud le sac qui contenait ses bijoux, et il a généreusement récompensé les deux agents qui l’ont aidé au cours de cette arrestation dramatique. »

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