Le Tour du monde en quatre-vingts jours

Un pari au Reform Club

Au Reform Club, Phileas Fogg discute avec les autres membres d’un vol et du temps nécessaire pour faire le tour du monde.

Capítulo 3 Francês B1 Intermediário
Substantivo Substantivo próprio Verbo Verbo auxiliar Adjetivo Advérbio Pronome Determinante Adposição Numeral Conjunção coordenativa Conjunção subordinativa Partícula Interjeição Outro

Phileas Fogg a quitté sa maison à onze heures et demie. Il a posé cinq cent soixante-quinze fois son pied droit devant son pied gauche, et cinq cent soixante-seize fois son pied gauche devant son pied droit. Puis il est arrivé au Reform Club. Il a déjeuné à sa table habituelle, et il a lu les journaux dans le grand salon jusqu’au soir.

Vers six heures, ses partenaires habituels de whist sont arrivés près de la cheminée. Il y avait là l’ingénieur Andrew Stuart, les banquiers John Sullivan et Samuel Fallentin, le brasseur Thomas Flanagan et Gauthier Ralph, un des directeurs de la Banque d’Angleterre. C’étaient tous des hommes riches et respectés.

— Alors, Ralph, a demandé Thomas Flanagan, où en est cette affaire de vol ?

— La Banque ne reverra jamais son argent, a répondu Andrew Stuart.

— Moi, j’espère au contraire que nous allons trouver le voleur, a dit Gauthier Ralph. Nous avons envoyé des inspecteurs de police très habiles dans tous les grands ports d’Europe et d’Amérique.

— Mais est-ce qu’on sait à quoi il ressemble ? a demandé Stuart.

— D’abord, ce n’est pas un voleur, a répondu Ralph sérieusement.

— Comment ? Un homme qui a pris cinquante-cinq mille livres en billets de banque, ce n’est pas un voleur ?

— Le Morning Chronicle dit que c’est un gentleman.

C’était Phileas Fogg qui avait répondu. Il venait de lever les yeux de son journal.

Le vol avait eu lieu trois jours plus tôt, le 29 septembre. Un paquet de billets, cinquante-cinq mille livres sterling, avait disparu de la table du caissier principal de la Banque d’Angleterre. À la Banque, il n’y avait ni gardes ni grilles, car on faisait confiance à l’honnêteté de chacun. Les meilleurs détectives avaient été envoyés dans les grands ports, avec la promesse d’une prime de deux mille livres et de cinq pour cent de l’argent retrouvé. La police avait aussi la description du voleur : un gentleman bien habillé, aux bonnes manières, qu’on avait vu ce jour-là dans la salle des paiements.

Les joueurs se sont assis à une table de whist. Pendant le jeu, personne ne parlait, mais entre deux parties, la discussion reprenait.

— Je pense que le voleur a toutes les chances de s’échapper, a dit Andrew Stuart. C’est sûrement un homme très habile.

— Allons donc ! a répondu Ralph. Où voulez-vous qu’il aille ?

— Je n’en sais rien. Mais après tout, la Terre est assez grande.

— Elle l’était autrefois, a dit Phileas Fogg à voix basse.

Puis il a tendu les cartes à Thomas Flanagan.

— À vous de couper, monsieur.

Après la partie, Stuart a repris la discussion.

— Comment, autrefois ? Est-ce que la Terre est devenue plus petite ?

— Bien sûr, a répondu Ralph. Je suis de l’avis de monsieur Fogg. On la parcourt aujourd’hui dix fois plus vite qu’il y a cent ans. C’est pour cela que la police va trouver le voleur plus vite.

— Et que le voleur va s’enfuir plus facilement ! Aujourd’hui, on fait le tour de la Terre en trois mois…

— En quatre-vingts jours seulement, a dit Phileas Fogg.

— C’est vrai, messieurs, a ajouté John Sullivan. Quatre-vingts jours, depuis l’ouverture de la nouvelle ligne de chemin de fer en Inde. Le Morning Chronicle a fait le calcul : « De Londres à Suez, en train et en bateau : sept jours. De Suez à Bombay, en bateau : treize jours. De Bombay à Calcutta, en train : trois jours. De Calcutta à Hong Kong, en bateau : treize jours. De Hong Kong à Yokohama, en bateau : six jours. De Yokohama à San Francisco, en bateau : vingt-deux jours. De San Francisco à New York, en train : sept jours. De New York à Londres, en bateau et en train : neuf jours. Total : quatre-vingts jours. »

— Oui, quatre-vingts jours ! s’est écrié Andrew Stuart. Mais sans compter le mauvais temps, les naufrages et les accidents de train !

— Tout compris, a répondu Phileas Fogg.

— Même si des bandits arrêtent les trains et attaquent les voyageurs ?

— Tout compris.

— En théorie, vous avez raison, monsieur Fogg. Mais dans la pratique…

— Dans la pratique aussi, monsieur Stuart.

— J’aimerais bien vous voir faire ce voyage !

— Cela ne dépend que de vous. Partons ensemble.

— Ah non, merci ! Mais je parie quatre mille livres qu’un tel voyage est impossible.

— Au contraire, il est tout à fait possible.

— Eh bien, faites-le !

— Le tour du monde en quatre-vingts jours ?

— Oui.

— Je veux bien.

— Quand ?

— Tout de suite.

— C’est de la folie ! s’est écrié Stuart. Allons, jouons plutôt.

Stuart commençait à se fâcher. Il a repris les cartes d’une main nerveuse. Puis, tout à coup, il les a posées sur la table.

— Eh bien, oui, monsieur Fogg, je parie quatre mille livres !

— Calmez-vous, mon cher Stuart, a dit Fallentin. Ce n’est pas sérieux.

— Quand je dis que je parie, c’est toujours sérieux.

— D’accord, a dit Phileas Fogg.

Puis il s’est tourné vers les autres.

— J’ai vingt mille livres à la banque Baring frères. Je veux bien les risquer.

— Vingt mille livres ! s’est écrié John Sullivan. Vingt mille livres que vous pouvez perdre à cause d’un retard imprévu !

— L’imprévu n’existe pas, a répondu simplement Phileas Fogg.

— Mais pour ne pas dépasser ces quatre-vingts jours, il faut sauter des trains dans les bateaux et des bateaux dans les trains avec une précision mathématique !

— Je sauterai avec une précision mathématique.

— C’est une plaisanterie !

— Un bon Anglais ne plaisante jamais quand il s’agit d’une chose aussi sérieuse qu’un pari, a répondu Phileas Fogg. Je parie vingt mille livres contre vous tous que je ferai le tour de la Terre en quatre-vingts jours ou moins. Acceptez-vous ?

Les cinq gentlemen ont parlé un moment entre eux.

— Nous acceptons, ont répondu Stuart, Fallentin, Sullivan, Flanagan et Ralph.

— Bien, a dit Phileas Fogg. Le train pour Douvres part à huit heures quarante-cinq. Je le prendrai.

— Ce soir ? a demandé Stuart.

— Ce soir même.

Phileas Fogg a regardé un petit calendrier de poche.

— Nous sommes aujourd’hui le mercredi 2 octobre. Je dois donc être de retour à Londres, dans ce salon du Reform Club, le samedi 21 décembre, à huit heures quarante-cinq du soir. Sinon, les vingt mille livres que j’ai chez Baring frères seront à vous, messieurs. Voici un chèque de cette somme.

Les six gentlemen ont écrit le pari sur une feuille et ils l’ont signé tout de suite. Phileas Fogg était resté froid. Il n’avait pas parié pour gagner. Il avait risqué vingt mille livres, la moitié de sa fortune, parce qu’il allait peut-être devoir dépenser l’autre moitié pendant ce voyage difficile, presque impossible.

Sept heures sonnaient. Les autres ont proposé à Phileas Fogg d’arrêter le whist pour préparer son départ.

— Je suis toujours prêt, a répondu le calme gentleman.

Il a distribué les cartes.

— L’atout est carreau, a-t-il dit. À vous de jouer, monsieur Stuart.

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