Le China était parti, et avec lui le dernier espoir de Phileas Fogg. Aucun autre paquebot ne pouvait l’amener à temps en Angleterre. Passepartout était désespéré : ils avaient manqué le paquebot de quarante-cinq minutes, et c’était sa faute ! Mais Phileas Fogg ne lui a fait aucun reproche.
— Nous verrons demain. Venez.
Le lendemain matin, 12 décembre, Phileas Fogg est allé seul au bord de l’Hudson. Là, il a aperçu un bateau à vapeur dont la cheminée fumait. C’était l’Henrietta, un bateau à coque de fer, mais tout le haut était en bois. Son capitaine, Andrew Speedy, avait l’air de très mauvaise humeur.
— Vous partez bientôt ? a demandé Phileas Fogg.
— Dans une heure, pour Bordeaux.
— Vous avez des passagers ?
— Jamais de passagers. Ça prend de la place, et ça discute !
— Voulez-vous me conduire à Liverpool, avec trois personnes ?
— À Liverpool ? Pourquoi pas en Chine ? Je vais à Bordeaux.
— À aucun prix ?
— À aucun prix.
Phileas Fogg n’a montré aucune émotion. Pour la première fois, son argent ne servait à rien. Pourtant, il a eu une idée.
— Eh bien, voulez-vous me conduire à Bordeaux ?
— Non, même si vous me payiez deux cents dollars !
— Je vous en offre deux mille par personne. Nous sommes quatre.
Le capitaine Speedy s’est gratté le front. Huit mille dollars sans changer de route ! Des passagers à deux mille dollars, ce n’étaient plus des passagers : c’était une marchandise précieuse.
— Je pars à neuf heures, a-t-il dit.
— À neuf heures, nous serons à bord, a répondu Phileas Fogg.
Il est allé chercher Aouda, Passepartout et même Fix, à qui il offrait le voyage. À neuf heures, ils étaient tous à bord. En apprenant le prix de cette traversée, Passepartout a poussé un long cri, de plus en plus grave. Fix, lui, a fait un calcul : à l’arrivée, il manquerait plus de sept mille livres dans le sac du voleur !